CHAPITRE X
tement violer la loi fondamentale » où tous les citoyens trouvent la garantie de leurs droits ?... Le baron de Lépine demanda positivement qu'on revint sur les Ordonnances et qu'on rendit à l'éducation « la liberté dont elle avait droit de jouir en vertu de la Charte ». A la Chambre des Pairs M. de Yogiié blâmait sans plus de ménagement « les Ordonnances dont l'injustice avait excité une légitime indignation ». A ces noms, les Jésuites doivent joindre dans leur reconnaissance ceux de MM. de Conny, Duplessis de Grénédan, marquis de Villefranche, etc., qui firent entendre aux auteurs des Ordonnances une désapprobation non moins véhémente'.
Mais d'autre part les libéraux demandaient de nouvelles mesures contre le « parti-prêtre ». M. Isambert déposait une pétition pour l'interdiction des Missions à l'intérieur; la Chambre la renvoyait au Garde des Sceaux, ce qui voulait dire qu'elle l'adoptait et en attendait l'exécution. Le ministère Martignac s'usait dans une politique libérale qui irritait les conservateurs sans satisfaire les libéraux. Un écrivain, franchement hostile à la monarchie, résume ainsi l'histoire des sacrifices par lesquels on tente de lui rallier les partis avancés : « Pour gagner l'opinion dominante, écrit Louis Blanc, M. de Martignac s'épuise en concessions. Il exclut du ministère, en la personne de M. de Frayssinous, le parti congréganiste; il remplace l'évéque d'Hermopolis par l'abbé Feutrier, prêtre mondain qu'on croit libéral, et éteint dans les élections l'influence des agents du Roi ; il affranchit la presse du joug
I. Dans la discussion de la loi de finances à la Chambre des Pairs à la fin de la session, juillet 182g, le marquis de Villefranche prophétisa la chute de la monarchie, comme conséquence du système des concessions. Revenant sur les Ordonnances du 16 juin, il osa flétrir ces mesures iniques, « méconnaissant tous ces droits (reconnus par la Charte), atteignant de malheureux prêtres français sous le nom de Jésuites, en exigeant d'eux des déclarations contraires à leur conscience, et cela au moment où l'Angleterre voyait détruire cette législation intolérante qui l'affligeait depuis plusieurs siècles ». Cf. Nettement, Histsire de la Restauration, t. VIII, p. 298.
de l'autorité royale, el substituant le monopole financier au monopole politique, il met aux mains des riches l'arme du journalisme ; il abolit la censure; il frappe au cœur la puissance des Jésuites; il fait passer de la royauté à la Chambre, dont il reconnaît ainsi la suprématie, le droit d'interpréter les lois... Mais lorsque, après avoir fait si large la part du pouvoir parlementaire, il veut que tout ne soit pas enlevé au pouvoir royal, les choses changent de face^.. »
Effrayé des exigences de ceux que ses complaisances ne parvenaient pas à gagner, M. de Martignac essayait en effet de la résistance et cherchait à s'appuyer sur les groupes royalistes qui ne pouvaient lui accorder leur confiance. Dès la fin de 1828, au moment de se retirer du ministère, le comte de la Ferronnays écrivait : « Je ne sais où nous allons ; nous devions arborer notre drapeau au centre gauche; maintenant nous le traînons dans tous les coins de la Chambre. » Plus découragé encore, M. de Martignac lui-même disait peu après : « Nous allons à l'anarchie. » De fait, après avoir vécu dix-huit mois dans l'équivoque, le ministère Martignac était contraint de se retirer, repoussé de tous lespartis.il succombait sous la même coalition qui avait renversé M. de Yillèle ; la gauche ne le trouvait pas assez libéral, l'extrême droite le trouvait trop révolutionnaire.
Charles X crut alors le moment venu de tenter une réaction nettement royaliste. Le prince de Polignac fut appelé à recueillir la succession de M. de Martignac. (9 août 1829.) Ce nom était à lui seul un programme; le prince de Polignac, ainsi que la plu})art de ses collaborateurs, appartenait au parti des ultras. Les libéraux ne pouvaient s'y méprendre. On peut dire qu'à partir de ce moment les opérations de guerre sont commencées. A la réouverture des Chambres, le discours du Trône contient une note menaçante : « Si de coupables manœuvres suscitaient à mon gouvernement des obstacles que