‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 327 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

je ne veux pas prévoir, je trouverais la force de les surmonter dans ma résolution de maintenir la paix publique, dans la juste confiance des Français et l'amour qu'ils ont toujours montré pour leurs Rois. »

A la parole royale V Adresse répond par un paragraphe qui sonne déjà comme le tocsin de l'insurrection : «Sire, le concours permanent des vues politiques de Votre Gouvernement avec les vues de votre peuple (est) la condition indispensable de la marche régulière des affaires publiques. Sire, notre loyauté, notre dévouement nous condamnent à vous dire que ce concours n'existe plus. »

Le 18 mars 1830, une délégation remet au Roi V Adresse revêtue de la signature de 221 députés; les autres se sont abstenus. Le Roi répond : « Mon cœur s'afflige... J'ai annoncé mes résolutions dans mon discours d'ouverture de la session : ces résolutions sont inébranlables...» Le conflit entre dans la phase aiguë. La Chambre est prorogée, puis dissoute. (16 mai.) Les élections terminées le 19 juillet renvoient 270 opposants au lieu de 221. Devant ce résultat Charles X se raidit. Malgré toutes les représentations, il se déclare prêt à tout plutôt que de céder; il craint le sort de Louis XVI. « J'aime mieux, dit-il, monter à chevalqu'en charrette. »Le25juillet, le Roi signe quatre Ordonnances portant : 1° Suppression de la liberté de la presse; les journaux sont soumis à l'autorisation préalable; 2° Dissolution de la Chambre; 3° Modification delà loi électorale; il ne restera guère que 25.000 électeurs, grands propriétaires terriens; 4" Fixation des prochaines élections aux 6 et 16 septembre. Le 26 juillet les Ordonnances paraissaient au Moniteur ; dès le lendemain Paris était en insurrection ; au bout de trois jours la Révolution était consommée, le gouvernement provisoire s'installait à l'FJôtel de Ville, Charles X partait pour Rambouillet où il abdiquait, ainsi que son fils, en faveur du duc de Bordeaux (2 août 1830) ; le lendemain il s'acheminait vers Cherbourg, où il s'embarquait le 16 pour l'Angleterre.

La Révolution de juillet eut un caractère violemment antireligieux. Pendant toute la Restauration amis et ennemis du régime s'étaient entendus pour rendre la religion solidaire de la royauté; le trône et l'autel avaient été trop étroitement associés pour que l'autel fût épargné par ceux qui renversaient le trône. Depuis six ans surtout on avait accumulé tant de mensonges, excité tant de colèrescontre le parti-prêtre^les Jésuites^ la Congrégation, qu'une explosion ne pouvait manquer de se produire au moment favorable. Ce fut comme un vertige d'impiété qui s'empara du pays et qui rappelait les plus mauvais jours de quatre-vingt-treize. Les premiers exploitsdes insurgés furent le pillage de l'archevêché et de la sacristie de Notre-Dame; des misérables vêtus d'ornements sacerdotaux, organisèrent une ignoble mascarade; on poussa des cris de mort contre l'archevêque. En même temps la foule se portait chez les missionnaires de la rue d'Enfer, du Mont-Valérien, chez les Jésuites à la rue de Sèvres et à Montrouge, sous prétexte de chercher les armes cachées dans les souterrains. Tout y fut saccagé, pillé ou détruit. Presque immédiatement la province se trouva à l'unisson de la capitale; ce fut comme une traînée de poudre qui en quelques jours alluma l'incendie jusqu'aux extrémités du royaume.

Et ce ne fut pas une effervescence passagère. Un fait suffirait à prouver la persistance de l'animosité populaire contre la religion; pendant plus de trois ans les prêtres durent s'abstenir de paraître au dehors avec le costume ecclésiastique; à Paris du moins et dans nombre d'autres villes la vue d'une soutane eût provoqué des désordres et peut-être des malheurs. Six mois après l'établissement de la monarchie de juillet se reproduisaient les scènes sauvages des journées de l'émeute. A l'occasion d'un service célébré à Saint-Germain l'Auxerrois en mémoire du duc de Berry, l'église était envahie et odieusement profanée ; le lendemain ce fut le tour de l'archevêché dont cette fois, il ne resta pas pierre sur pierre.

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