Au R. P. Roothaan, 3o août i83o
3. OEuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, t. III, p. 97. Cf. Thureau- Dangin, op. cit, I, p. 208.
CIIAPITUE X 517
principales maisons des Jésiiites de France lors de la Révolution de juillet.
La résidence de la rue de Sèvres reçut, au fort de l'insurrection, la visite d'une bande armée. Fort heureusement elle était conduite par un jeune officier de la Garde Nationale, ancien élève des Jésuites de Bordeaux, qui sut manœuvrer avec assez d'adresse et d'énergie pour sauver la maison du pillage. Les hommes, copieusement abreuvés, se retirèrent après s'être assurés que les caves ne renfermaient pas de dépôts d'armes. Toutefois la visite se renouvela deux fois pendant la nuit^ à intervalles très rapprochés. Mais déjà les Pères avaient dû se disperser et mettre en sûreté tout ce qui aurait pu tenter la cupidité des visiteurs.
Il n'en fut pas de même à Montrouge. Le 28 juillet — c'était la seconde des trois « glorieuses » — la populace parisienne s'y porta dans l'après-midi. Prévenus à temps ({uelques Pères qui habitaient encore la maison, ainsi que treize prêtres qui y faisaient alors leur retraite, s'étaient éloignés à la hâte. Seul, le Supérieur, le Père Sébastien Fouillot, était demeuré avec quelques frères coadjuteurs. 11 avait fait charQ^er sur une voiture les vases elles ornements sacrés. Avant même de sortir du bourg la voiture fut arrêtée et mise au pillage. On ne pouvait songer à tenir tête aux forcenés qui avaient envahi la maison ; après avoir fait partir tout son monde, le Père Fouillot dut lui-même chercher son salut dans la fuite. Il se réfugia d'abord dans une carrière de Bagneux. Découvert, maltraité, menacé de mort, il échappa au danger à force
I . La maison du n° 35 de la rue de Sèvres fut achetée dès 1821. Elle fut occupée peu à peu à partir de 1822 sans que l'on abandonnât la rue des Postes. Cependant, au moment de la Révolution, elle était la résidence du Supérieur et de la plupart des Pères qui composaient la maison professe de Paris. Après le départ des Pères en i83o, l'immeuble fut loué à une institution de garçons qui l'occupa jusqu'en i84i. A cette date le maître de pension dut résilier son bail; il rendit la maison presque à l'état de ruine. On songea tout d'abord à la vendre. Ce ne fut que bien des années plus tard qu'on y réinstalla la résidence.
d'assurance et de sang-froid. Arrêté sur le territoire de Bagneiix, il demanda à être conduit devant le maire de la commune. Chemin faisant, sa bonhomie, sa rondeur franccomtoise, sa gaieté finirent par avoir raison du mauvais vouloir des bandits, qui se contentèrent de l'accompagner chez le magistrat.
Le surlendemain, il reparut à Montrouge, déguisé en ouvrier; il trouva la maison dans un état lamentable, dévastée et souillée; les pillards continuaient à enlever ce qui était à leur convenance. Le samedi 31 juillet, le Père Fouillot reparaissait encore à Montrouge, cette fois « en costume séculier honnête, et il s'annonça devant le peuple comme fondé de pouvoirs ». Il parvint à faire signer au maire une reconnaissance d'une partie des objets volés, ce qui d'ailleurs ne fut d'aucune utilité, et l'exposa à de nouveaux périls. Pendant ce temps cinq autres Pères réfugiés eux aussi à Bagneux, avaient dii, pour échapper aux fureurs de la populace, passer quarante-huit heures cachés dans un grenier étroit « périssant de gêne, d'étouffemont et de besoin^ ».
Au mois de février suivant, l'affaire de Saint-Germain l'Auxerrois eut aussi son contre-coup à Montrouge. Pendant qu'une partie des vengeurs de la liberté détruisaient l'archevêché, d'autres livraient l'assaut à la citadelle d'où les Jésuites avaient tenu la France sous le joug. La citadelle était d'ailleurs sans garnison; les quelques frères coadjuteurs qui y étaient revenus en qualité de gardiens n'avaient pu s'y maintenir. La pauvre maison était vide d'habitants. Les assaillants purent la saccager tout à leur aise. Comme il n'y avait plus de meubles à prendre, ils se donnèrent du moins la satisfaction d'enlever jusqu'aux planchers et aux toitures. Il ne resta littéralement que les murailles. Entre temps la maison avait été vendue; le propriétaire qui n'avait pas encore pris possession, déclara
i.jVofice sur les événements de i83o. Mss. duP.de Guilhermy. Archiv. Paris.