‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 335 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

inconnu ; j'espère que cet innocent stratagème nous réussira. Notre bon ami, M. Varin, pense à faire aussi la même chose^.. » (31 août.)

La veille de ce jour, le Père Provincial avait fait un exposé plus complet dans une lettre au Père Roothaan :

« Je suis bien inquiet. Voilà un grand mois que nous sommes ici tout en combustion. Depuis ce temps-là, soit à vous, soit au Père Rozaven, j'ai bien écrit quatre ou cinq fois, et je n'ai pas eu un mot de réponse. J'ai de fortes raisons de croire que les lettres de l'étranger sont interceptées et ouvertes. Les vôtres auront eu probablement le même sort et me laissent sans conseil et sans guide, dans la position la plus critique, je pense, où la Compagnie se soit trouvée en France.

« Dès les premiers jours d'août j'ai envoyé les PP. Gury et Loriquet à Estavayer pour communiquer nos embarras à l'excellent Père Godinot, puis le Père Maillard à Avignon, Aix et Nice... Le R. P. Godinot et l'excellent Provincial de Suisse ont accueilli nos demandes avec la plus grande charité. Ils ont si bien fait que le Valais nous est ouvert pour y placer nos Théologiens... Le Père Maillard de son côté a poussé jusqu'à Nice. Le Père Recteur était absent... Comme déjà le noviciat d'Avignon, poussé par les événements, était en déroute et qu'une partie s'était avancée jusqu'à Nice, le Père Ministre les a reçus, logés provisoirement dans une aile vide des bâtiments et croit pouvoir y loger facilement le reste, ce qui en tout fera de ving-cinq à trente. Une autre partie du noviciat (huit), de la seconde année, s'était dirigée vers l'Espagne, où je sais qu'ils sont arrivés heureusement. Dans ces premiers moments de trouble et de désordre chacun n'a pu prendre conseil que de ses

I . Le P. Vivier, le ti'ès perspicace archiviste de la Province de Paris conjecture, d'après certains indices fournis par les correspondances, que le P. Druilhet s'était établi à Versailles. Le P. Varin recevait l'hospitalité chez les Dames Augustines, rue de l'Arbalète. Il y demeura trois

Supérieurs locaux. Il pouvait s'en suivre une décomposition complète, qui heureusement n'a pas eu lieu...

«... Bientôt nous n'aurons plus en France que les prêtres qui étaient dans les résidences et dont la plupart sont déguisés, cachés ou dispersés. Les bons chrétiens nous conjurent de ne pas quitter la patrie. Nous ne la quitterons point, tant que le danger ne sera pas manifeste. S'il le devenait, je ne pense pas que votre désir soit que je les expose à une perte certaine en les retenant sur une terre qui dévore ses habitants. Déjà Montrouge a été pillé, dévasté ; tous les Nôtres chassés et poursuivis; cinq y ont couru risque de la vie. Saint-Acheul l'a été le même jour; tout y a été brisé au rez-de-chaussée... ; le Père Ravignan {sic) a été frappé d'un coup de pierre et a jeté beaucoup de sang; les autres n'ont rien eu de fâcheux que des injures, etc. Paris a été visité trois fois, les Pères n'y étant plus. Dôle nous a chassés; notre maison y est vide. Yitry a été pillé avant-hier, 11 n'y avait heureusement que deux frères. La populace y a brisé, volé, mangé, bu pendant près de vingt-quatre heures... J'ai recommandé à tous une extrême prudence. L'effervescence passera; on se calmera peut-être sur nous; mais cette révolution aura probablement des suites bien plus longues qu'on ne l'avait cru d'abord. Je puis vous assurer que tous les Nôtres sont dans des dispositions excellentes. Prêtres, scolastiques, novices, coadjuteurs, tous paraissent heureux de souffrir pour Notre-Seigneur. Nous sommes réellement aux beaux jours de la Compagnie. » (31 août.)

Six semaines plus tard, le Provincial de France complète ce bilan. Il commence à visiter sa grande famille éparse hors des frontières ; il écrit d'Estavayer : « Nos prêtres qui sont restés travaillent de leur mieux et font quelque bien. Mais que de précautions à prendre! Que de déguisements ! Que de changements de gîte !... Nous sommes sept ou huit dans Paris, et il s'y fait du bien. Les autres sont dans les provinces, dispersés sans l'être,

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