‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 336 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

c'est-à-dire relevant immédiatement d'un des Nôtres, comme Supérieur de l'arrondissement. Ainsi le Père Guidée tient la Picardie, le Père Renault, la Provence, le Père Louis Valantin, la Bretagne... »

Le Père Druilhet revient ensuite en termes émus sur l'accueil fait aux proscrits en Italie et en Espagne : « Pourrais-je, conclut-il, ne pas en dire autant et plus encore de la Suisse où je suis en ce moment ? Oh ! mon Très Révérend Père, quels cœurs que ceux de ces bons Pères de Suisse, du Père Standinger' en particulier!... Que la Société est une bonne Mère et qu'il y a de charité dans ses enfants! » (17 octobre 1830.)

Telle était donc au début de la monarchie de juillet la situation de la Province française de la Compagnie de Jésus : Une cinquantaine de prêtres dispersés sur tous les points du territoire, isolés les uns des autres, obligés de se dissimuler pour échapper à la malveillance du populaire prêt à traquer le Jésuite comme un être méchant et malfaisant. Les autres, l'immense majorité, expulsés de France, faisant l'apprentissage de l'exil, qui est bien pour les Jésuites comme pour cet évêque de l'antiquité, un devoir professionnel, exil singulièrement adouci d'ailleurs par cette hospitalité internationale et cette véritable fraternité que les enfants de saint Ignace sont toujours assurés de trouver les uns chez les autres.

1. Le P. Standinger était alors Provincial de la Province de Germanie qui comprenait la Suisse, l'Allemagne et les Pays-Bas.

Lettre de Mgr d'Osmond, évêque de Nancy, à Portails. Confidentielle. 4 nivôse, an XII. (24 décembre 1803.)

« Lorsque j'ai été envoyé pour administrer en chef ce vaste diocèse, j'ai dû porter mes regards avec un intérêt particulier sur quelques vieillards échappés comme par miracle à des persécutions inouïes. Dans ce nombre trop restreint se trouvaient vingt Jésuites. La vénération dont ils étaient entourés commandait la mienne ; mais combien ils l'ont augmentée par les vertus dont ils m'ont rendu l'heureux témoin! Jamais je n'ai vu un zèlesemblableà celui qu'ils déploientpartout. Soixante-dix-sept et soixante-dix-huit ans ne sont pas un obstacle à l'occupation d'une église succursale, dépouillée de tout, qui bientôt se répare par leurs soins. Tous, ils ont une flexibilité, une douceur insinuante qui les rend aussi faciles à gouverner que propres à diriger ceux qu'ils administrent, ou plutôt qu'ils servent comme les membres de Jésus-Christ... »

Portails répond à l'évêque de Nancy : ... J'ai lu « avec beaucoup d'intérêt et de plaisir les observations infiniment sages que vous me communiquez et les renseignements honorables que vous me donnez sur les prêtres autrefois Jésuites qui exercent avec tant de sagesse et de vertu les fonctions du sacerdoce dans votre diocèse... » (5 pluviôse, an XII, 26 janvier 1804.) [Archives de l'éçêché de Nancy.)

Trois jours plus tard le ministre écrivait dans un Rapport à l'empereur : « On ne saurait prendre trop de précautions pour empêcher les Jésuites de renaître de leurs cendres. La Société des Jésuites portait sur deux objets : le pouvoir absolu du Pape sur le spirituel et le temporel et la communication de ce pouvoir au Général des Jésuites... » (8 pluviôse, an XII.) [Archiv. Prov. Paris. 119.)

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