CHAPITRE PREMIER
pour préparer leur rétablissement, les Jésuites ont par leur influence fait écarter de l'enseignement les meilleurs maîtres .
L'explication est trop fantaisiste pour être prise au sérieux; mais le fait reste, et l'on voit que, plus de soixante ans après l'extinction de la Société de Jésus, malgré la création de l'Université impériale, soigneusement maintenue par la Restauration, l'éducation publique en France, pour nous servir de l'expression de Chateaubriand, ne s'était pas relevée du coup qu'elle avait reçu.
A un autre point de vue encore, de bons esprits estimaient le rétablissement de la Compagnie de Jésus très utile, pour ne pas dire nécessaire, au rétablissement même de l'ordre politique et social bouleversé par la Révolution. Voici ce qu'écrivait l'abbé Émery, supérieur de Saint- Sulpice, au cardinal Fesch alors ambassadeur à Rome :
«... Je me suis trouvé dans le cas de parler des Jésuites dans une réponse à M. Guitton. Très sérieusement je pense et je suis convaincu que vous ne pourriez pas rendre un plus grand service à l'Eglise et au Saint-Siège que de procurer le rétablissement de cette Société. Si elle avait des défauts, elle doit en être bien corrigée. Je sens que le moment peut n'être point encore venu, où le premier Consul pourrait rétablir l'Ordre en France; mais il peut ne point s'opposer qu'on l'établisse ailleurs. Aucune Société n'est plus favorable aux gouvernements, et c'est la plus puissante digue qu'ils puissent opposerau torrent de l'impiété. Si le gouvernement est stable en France, certainement cela est dû aux talents éminents du premier Consul; mais tout État où régnera l'impiété sera nécessairement sujet à des secousses et à des révolutions continuelles... » (28 octobre 1803'.)
Sans doute, en ce qui concerne l'Église, il était vrai de dire avec Consalvi qu'elle pouvait se passer des Jésuites, puisque aussi bien elle s'en était passée pendant tant de