CHAPITRE PREMIER
allaient se préparer dans la retraite et la prière à leur futur apostolat.
Peu de semaines après leur arrivait une recrue de toute première valeur. Le rôle du Père Varin dans le rétablissement de la Compagnie de Jésus en France a été assez considérable pour que l'on fasse à sa personne une place à part dans cette Histoire.
Joseph Varin d'Ainvelle était né à Besançon le 7 février 1769. Sa famille appartenait à la noblesse de robe et son père était conseiller au Parlement de Franche-Comté. Bien qu'il eût alors des goûts assez peu ecclésiastiques, il entra au Séminaire de Saint-Sulpice, et s'y distingua par sa ferveur et son application à se vaincre. Toutefois, la Révolution faillit compromettre à tout jamais sa vocation sacerdotale. Il s'engagea dans l'armée de Condé et fit les deux campagnes de 1792 et de 1793; il prit part à des actions très chaudes; entre temps il ne résistait pas à l'entraînement des distractions mondaines. Fidèle cependant à ses habitudes pieuses, il se sentait poursuivi par l'appel de Dieu.
C'est dans ces dispositions que, se rendant à Dusseldorf auprès du maréchal de Broglie, il s'arrêta à Venloo pour voir ses anciens amis de Saint-Sulpice, les abbés de Tournély et Charles de Broglie, que l'approche des armées françaises avait obligés de s'éloigner de Louvain. C'est laque la grâce l'attendait. A la suite d'une fervente communion, ses hésitations tombèrent et sa résolution futprise avec la générosité et l'énergie qui faisaient le fond de son caractère. Le brillant housard sollicita et obtint son admission dans la petite communauté du Sacré-Cœur. C'était le 18 juillet 1794. Le lendemain, sa mère arrivait de Besançon à Paris, était condamnée pour avoir entretenu correspondance avec son fils émigré et passait du tribunal à l'échafaucl. Au moment de monter sur la fatale charrette, la vaillante chrétienne donna cette commission à une personne de sa connaissance : « Vous direz à mes enfants que leur
mère n'a pas tremblé devant la mort, qu'elle n'a rien perdu du calme et de la paix de son âme. »
En se mettant sous l'obéissance du Père de Tournély, Joseph Varin lui avait dit : « P'aites de moi tout ce que vous voudrez, excepté un moine. » — « Soyez tranquille, avait répondu le jeune supérieur, vous serez toujours militaire. Presque tous vos compagnons sortent de l'armée et nous entendons bien servir Dieu militairement. » On voit que la Société naissante s'inspirait de l'esprit de saint Ignace, que d'ailleurs elle s'efforçait de puiser à sa source, c'est-à-dire dans l'étude et la pratique des Exercices spirituels. De fait, à quelque temps de là, Tournély et ses six premiers compagnons, après une retraite de deux semaines, s'engageaient par vœu à poursuivre l'œuvre commencée. Puis, à l'exemple des premiers Jésuites, ils s'oljligeaient par un autre vœu à aller, sitôt qu'ils le pourraient, se jeter aux pieds du Souverain Pontife et se mettre à sa disposition pour travailler au service de l'Eglise dans les lieux et de la manière qu'il lui plairait de leur indiquer. C'est de ce jour que date véritablement la fondation de la Société du Sacré-Cœur. (15 octobre 1794.)
Elle avait trouvé momentanément un abri à Leutershofen près d'Augsbourg; de nouvelles recrues y portèrent à seize le nombre des associés qui firent au mois de mai suivant, sous la direction du Père de Tournély, la grande retraite d'un mois selon la méthode de saint Ignace. Chassés bientôt de la Bavière par l'invasion des troupes républicaines, ils descendirent le Danube, avec 1 intention cette fois d'aller jusqu'en Crimée chercher un refuge. Mais arrivée à Vienne la petite colonie y reçut, grâce aux relations de famille de l'abbé de Broglie, un si bon accueil qu'elle renonça à pousser plus loin. Au bout de six mois, l'état de siège ayant été déclaré et tous les étrangers contraints de sortir de la ville, il fallut encore re[)rendre la vie errante. Enfin, sur la recommandation de l'empereur lui-même, l'abbé de Closter-Neubourg mit gracieusement à la disposition des exilés une propriété