CHAPITRE PREMIER
de son abbaye située à Hagenbriinn, à trois lieues de Vienne. Ils s'y installèrent le mardi de Pâques 1797.
Cette maison d'Hagenbrùnn fut le véritable berceau de la Société des Pères du Sacré-Cœur. Elle y connut quatre années d'une paix qui lui permit de s'organiser, de se fortifier et de grandir. Mais tout d'abord elle y subit une épreuve douloureuse. Le fondateur, le Père de Tournély fut atteint de la petite vérole et emporté après neuf jours seulement de maladie. Il achevait à peine sa trentième année. Une très haute vertu, jointe à une parfaite rectitude de jugement et à une grande bonté, suppléait chez le jeune supérieur à ce qui lui manquait du côté de l'âge et de l'expérience. M. Emery lui a rendu ce témoignage : « J'ai connu bien de saintes âmes; j'ai lu les vies d'un grand nombre de saints, et je puis déclarer n'avoir jamais rencontré une âme plus embrasée du feu sacré de l'amour de Dieu que celle de mon cher Tournély ^ »
Le Père Varin fut élu pour lui succéder; il n'avait que vingt-huit ans et avait été ordonné prêtre l'année précédente, à x\ugsbourg, par l'électeur Clément-Wenceslas.
Sa première préoccupation fut de présenter au Paj)e la Société du Sacré-Cœur. lien exposa le plan et le but dans un Mémoire qui reçut l'approbation du cardinal Migazzi, archevêque de Vienne, de Mgr de Juigné, archevêque de Paris, de Mgr de la Fare, évêque de Nancy et plus tard cardinal, et d'environ trente autres évêques. Le Père Varin se proposait de porter en personne sa supplique au Souverain Pontife; mais les circonstances ne permirent pas la réalisation de son dessein. Pie VI venait d'être enlevé de Home par l'ordre du Directoire. Interné d'abord au couvent des Augustins de Sienne, il lut, au mois de mai
I. Les Dames du Sacré-Cœur regardent le Père de Tournély, sinon comme le fondateur, du moins comme r« initiateur » de leur Société. Il en eut en eiî'et la première idée, et en quelque sorte la vision prophétique; il laissa à ses successeurs le soin de l'exécution, comnie une partie de son liéritage. Le 23 septembre 1868 son corps fui exhumé du cimetière d'Hagenbriinn et transféré dans la chapelle du couvent du Sacré- Cœur de Vienne.
suivant, transféré à la Chartreuse de Florence. C'est là que la lettre des Pères du Sacré-Cœur fut mise sous ses yeux. (Août 1798.) Pie VI fit répondre de la manière la plus afTectueuse et la plus encourageante. En même temps des instructions étaient envoyées à l'archevêque de Vienne avec des pleins pouvoirs pour régler au nom du Saint-Siège les aiïaires de la Société. En ce moment-là même elle prenait un nouvel essor, si bien que, pour éviter de réunir à Hagenbriinn un trop grand nombre d'ecclésiastiques, on dut ouvrir une seconde maison à Prague.
Vers ce même temps, une autre Société naissait en Italie, avec une organisation et un but en apparence identiques. Nicolas Paccanari, clerc tonsuré du diocèse de Trente, en était le chef. Jeune encore, sans instruction sérieuse, mais doué d une imagination ardente et d'une sorte d'éloquence naturelle, il était venu à Rome après une vie assez agitée. Il songeait à entrer dans un ordre religieux et à se vouer à l'apostolat dans les Missions lointaines. En attendant il fréquentait les réunions pieuses de la Caravita. C'est là que l'idée lui vint de reprendre les œuvres des Jésuites et de faire revivre sous un aulre nom la célèbre Compagnie. Il parvint à communiquer à plusieurs de ses compagnons la flamme dont il était animé. Trois prêtres, dont deux Français, s'adjoignirent à eux. Pendant prés d'une année, Paccanari, retiré à Loretle, se prépara dans la solitude et la prière à la mission qu'il croyait tenir de Dieu. De retour à Rome, il rassembla ses amis et leur persuada de se constituer en société religieuse et de se lier par des vœux. Tel était son ascendant que tous l'élurent pour supérieur, bien qu'il ne fût pas encore prêtre. (15 août 1797.) La petite communauté s'étant installée à Spolète excita d'abord par sa ferveur l'admiration publique, si bien que, lorsque Paccanari vint à Sienne se présenter au Pape, il fut accueilli avec une extraordinaire bienveillance. Le rescrit pontifical accordé à l'Institut naissant lui donnait le nom de « Société de la Foi de Jésus ».