CHAPITRE PREMIER
Sur ces entrefaites Paccanari, ayant appris l'existence de la Société du Sacré-Cœur, conçut le projet de la réunir à celle qu'il venait de fonder. Des personnages influents l'encouragèrent dans cette pensée, et sans plus tarder, avec l'ardeur entreprenante de sa nature, il entra en relations avec les Pères d'Hagenbrunn. Dans une nouvelle audience qu'il reçut du Pape à la Chartreuse de Florence, Pie VI, qui venait d'envoyer au Père Varin la réponse dont nous avons parlé, témoigna qu'il lui serait agréable de voir s'opérer la fusion des deux Sociétés, puisque leur objet était le même. Fort de cette approbation, Paccanari arrivait à Hagenbrunn, le 7 avril 1799. 11 était muni de toutes les attestations nécessaires; en même temps le cardinal Migazzi et le nonce de Vienne faisaient connaître les intentions du Pape. Après de mûres délibérations, où l'affaire fut examinée sous toutes ses faces, les profès de la Société du Sacré-Cœur se prononcèrent unanimement pour la réunion et passèrent sous l'obédience de Paccanari. (18 avril 1799.) Ce fut un malheur; les Pères de la Foi — c'était désormais leur nom — n'auraient pas tardé à s'en repentir, si jamais on pouvait se repentir d'avoir obéi à sa conscience, surtout quand il en a coûté quelque grand sacrifice.
Pieux et zélé, Paccanari manquait d'ailleurs de modération et de prudence; il était surtout mal préparé à l'exercice d'un pouvoir comme celui dont il se voyait revêtu. Sa hauteur, sa confiance en ses propres lumières, ses vues trop humaines, jointes à une activité exubérante, firent bientôt craindre qu'il n'entraînât dans des voies dangereuses la Société qu'il gouvernaitendespote. Tout d'abord les Pères d'Hagenbrunn comprirent que leur nouveau Supérieur était peu disposé à préparer le rétablissement de la Compagnie de Jésus, et moins encore à se réunir à elle, le jour où elle viendrait à être rétablie. Rien ne pouvait leur être plus pénible que l'incertitude sur ce point qu'ils considéraient comme essentiel. Aussi, avant qu'il repartît pour l'Italie, ils lui demandèrent de déclarer
nettement et par écrit son intention à cet égard. Paccanari fit cette déclaration en ternies vagues et équivoques, qui dénotaient plus d'habileté que de droiture. (11 août 1799.) Cependant la Société prenait un rapide essor; à Rome même, grâce à la protection de l'archiduchesse Marie- Anne, sœurde l'empereur d'Autriche, elle allait traverser quelques années d'une prospérité où elle devait trouver un écueil. En même temps les Pères de la Foi s'établissaient en Bavière, en Hollande, en Suisse, en Angleterre. La France ne pouvait être oubliée; l'apaisement de la persécution religieuse préparait les voies au Concordat.
Le Père Varin, avec deux compagnons, les PP. Roger et Halnat, arrivait à Paris dans le courant de mars 1800, Mgr de Juigné, qu'ils avaient salué à leur passage à Augsbourg, les avait encouragés et bénis, leur accordant les plus amples pouvoirs pour l'exercice de leur ministère. Réduits à se cacher, car ils étaient rentrés sans autorisation de la police et sans passeports, ils célébrèrent leur première messe sur un autel construit de leurs mains avec des pierres recueillies parmi les ruines de l'ancien noviciat des Jésuites. Ce fut encore le désir de marcher sur les traces des premiers Jésuites qui leur fit choisir pour théâtre de leur apostolat l'hôpital de la Salpêtrière. On y comptait jusqu'à 6.000 malades, et depuis dix ans pas un prêtre n'y avait été admis à donner aux mourants les secours de la religion. L'administration d'alors fut assez tolérante pour laisser les Pères se dévouer librement au service de ces malheureux.
Leur zèle, leur charité et leur désintéressement tout apostolique ne tardèrent pas à leur attirer la sympathie de beaucoup de personnes. Après l'etfroyable tempête qui venait de ravager l'Eglise de France, commençait à se