‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 47 sur 358 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

manifester un renouveau de vie chrétienne. Des âmes généreuses éprouvaient le besoin de se rapprocher et de s'unir pour travailler plus eflicacement à la restauration religieuse du pays. On aurait peine à compter les congrégations et œuvres de toute sorte dont les origines datent de cette période où, à une persécution sauvage, succédait une paix encore indécise.

Le Père Varin était à Paris depuis quelques semaines, quand la Providence lui envoya celle qui devait être la fondatrice des Religieuses du Sacré-Cœur. Madeleine- Sophie Barat avait dix-huit ans; c'est le 21 novembre de cette même année 1800 que, avec deux compagnes, elle prononça la consécration qui peut être considérée comme l'acte de naissance de cette Société appelée à prendre dans la suite de si magnifiques développements.

En même temps plusieurs jeunes prêtres se présentaient pour partager la vie et les travaux des Pères de la Foi. On put donc, sans plus tarder, entreprendre de nouveaux établissements, et aborder l'œuvre de l'éducation chrétienne de la jeunesse, si impérieusement réclamée parles circonstances. Un premier pensionnat fut ouvert dès 1801 à Lyon par les PP. Roger et Barat; il n'eut d'ailleurs qu'une existence éphémère. Sur un ordre de Fouché, il fut fermé par le préfet du Rhône. (7 fructidor an X.) D'après le procès-verbal de l'opération il comptait 10 maîtres et 127 élèves *.

L'année suivante vit la fondation du collège d'Amiens qui, après avoir subi bien des vicissitudes et émigré plusieurs fois d'un local dans un autre, finit par s'installer dans la vieille abbaye de Saint-Acheul, nom sous lequel il devait devenir célèbre. En 1803,1e collège, alors établi à l'Oratoire, recevait la visite du premier Consul; un élève lui adressa un compliment en vers, dont l'auteur n'était autre que le Père Nicolas Loriquet. Cette même année un autre collège s'ouvre à Belley; il compte parmi ses élèves

I. Cf. Flourens: Napoléon et les Jésmles^IVouvelle Revue, i" février 1894).

Alphonse de Lamartine ^ Les Pères de la Foi trouvaient encore du temps pour donner dans plusieurs villes des Missions qui avaient du retentissement.

Mais pareille activité ne pouvait échapper à la police ombrageuse de Napoléon. Le Père Varin eut l'honneur peu enviable de tenir une place considérable dans les préoccupations du premier Consul et plus tard de l'empereur. Dès 1801 Fouché faisait ouvrir toute la correspondance échangée entre les Pères de la Foi; le Supérieur dut fournir des explications au ministre; il le fit avec une entière franchise et l'avis du Maître fut que, pour le moment, il n'y avait pas lieu de sévir; il se contenta de recommander une surveillance exacte.

On sait l'attitude prise dès le début par Napoléon à l'égard des Congrégations religieuses-. Il entendait bien que la loi du 13 août 1792 qui les avait abolies en bloc, conservait toute sa vigueur. Dans sa pensée, le Concordat ne changeait rien à cet état de choses^. L'article 11 des Organiques stipulait expressément que, en dehors des chapitres cathédraux, tout autre établissement ecclésiastique demeurait supprimé. Ce serait donc un principe du

1 . Lamartine a rendu un beau témoignage à l'éducation dps Pères de la Foi... « Je lis des adieux reconnaissants aux excellents maîtres qui avaient su vivilier mon âme en formant mon intelligence... Les PP. Debrosse, Varlet, Béquet, Wrintz surtout, mes amis plus que mes professeurs, restèrent toujours dans ma mémoire comme des modèles de sainteté, de vigilance, de paternité, de tendresse et de grâce pour leurs élèves. Leurs nouis feront toujours pour moi partie de cette famille de l'àme à laquelle on ne doit pas le sang et la chair, mais l'intelligence, le goût, les mœurs et le sentiment. » (Confidences, liv. VI. Notes a, 3 et 4-)

2. ... « Je ne veux d'aucune congrégation ecclésiastique : cela est inutile. De bons curés, de bons évêques, de bons prêtres, des séminaires bien tenus, c'est tout ce qui est utile... » (Note de Napoléon à Portails qui proposait d'autoriser une association de prêtres à Lyon, sous le patronage du cardinal Fesch, pour l'éducation. 8 pluviôse, an Xlll, 28 janvier i8o5.) {Correspondance, t. X, p. i58.) — Quant aux Jésuites, Napoléon ne veut pas en entendre parler; et il faisait interdire aux journaux d'écrire même leur nom,

3. Le Concordat est muet en ce qui concerne les Congrégations religieuses. Toutefois ce silence s'explique par les circonstances et n'a point du tout le sens d'une interdiction. Le texte del'articlepremierqui stipule

Page 1