INTRODUCTION XI
consomme l'expulsion des Jésuites et, en même temps, celle de la royauté légitime.
L'orage de 1830 apaisé, la Compagnie de Jésus se ressaisit, se recueille, et en dépit de tracasseries que le nouveau régime ne lui épargne pas, elle développe son activité au dedans et au delà des frontières. Aux alentours de 1840, les Jésuites français étendent déjà leur apostolat en Amérique, en Syrie, dans l'Inde et à Madagascar. Mais alors une nouvelle tempête se prépare. Michelet, Quinet, Eugène Sue, puis Thiers et Villemain dénoncent le péril ; à son tour le gouvernement de juillet croit devoir jeter les Jésuites à la mer pour sauver le vaisseau de l'Etat. 11 réclame l'aide du Pape pour cette opération, qui ne réussit pas très bien. L'histoire se répète ; les Jésuites sont quelque peu expulsés en 1845, mais en lévrier 1848, le trône est balayé par la Révolution, comme il l'avait été en 1830.
Trente ans s'étaient écoulés depuis que la Compagnie de Jésus avait reparu en France, et elle avait subi trois expulsions, l'une complète, les deux autres partielles.
La période qui s'ouvre sera moins dure. Avec la loi du 15 mars 1850 luit une aurore de liberté. Il n'est guère de ville de quelque importance qui ne désire posséder un collège de Jésuites. Ceux que la Compagnie a ouverts se remplissent et prospèrent. Le gouvernement impérial, sans avoir aucune tendresse pour l'Ordre de saint Ignace, s'abstient pourtant de le molester. On ne voit pas non plus alors la presse faire campagne contre lui avec la même furie que sous les régimes antérieurs. Les vingt-deux années, qui vont de la chute de Louis-Philippe à celle de Napoléon III, marquent pour la Compagnie de Jésus en France une époque de paix relative, intercalée entre les épreuves de la veille et celles du lendemain. Elle se clôture par r« année terrible ».
C'est devenu un usage chez nous en temps de calamités publiques de s'en prendre aux prêtres et aux religieux.