CHAPITRE PREMIER
Supérieur à l'unanimité des suffrages (21 juin 1804). Quelques mois plus tard, il était admis à l'audience du Pape, venu en France pour sacrer l'Empereur. Pie VII ratifia pleinement la décision du légat et donna à l'Institut les plus paternels encouragements.
La scission des Pères de la Foi français d'avec le corps de la Société et son Supérieur général ne saurait donc être incriminée comme une révolte contre l'autorité légritime. Assurément l'insuffisance ou même l'indignité du chef ne justifie pas l'insoumission de ses subordonnés ; tant qu'il demeure régulièrement en charge, il a droit à leur obéissance. C'est là un principe fondamental de l'ordre dans toute société, civile ou religieuse. Si les Pères de la Foi se fussent soustraits à leurs engagements envers Paccanari, uniquement parce qu'il usait mal de son pouvoir, leur défection serait inexcusable. Mais il n'en fut point ainsi. La double question de fait et de droit fut déférée à la juridiction compétente et tranchée par elle.
Aquelque temps de là les Pères de la Foi établis en Suisse, puis ceux de Hollande et de Lombardie se retiraient de la même manière. Enfin, le pape ayant signé le 31 juillet 1804 le Bref qui étendait au royaume de Naples la reconnaissance officielle accordée en 1801 à la Compagnie de Jésus en Russie, plusieurs membres des deux maisons que la Société possédait à Rome s'en séparèrent à leur tour. La dispersion s'acheva deux ans plus tard, quand Paccanari, que ses disgrâces exaspéraient sans le rendre plus sage, fut, pour ses dérèglements, condamné par la justice pontificale à une détention de dix années au château Saint-Ange. Rendu à la liberté à la suite de l'occupation de Rome par les troupes françaises, il disparut de la scène ; et l'on ignore comment finit cet homme qui, richement doué pour l'initiative et la conduite des affaires, aurait pu rendre à l'Eglise de grands et utiles services, mais dont le malheur fut de monter trop vite et trop haut.
En ce qui concerne les Pères de la Foi en France, on peut dire que la séparation s'effectuait à l'heure favorable.
Désormais on ne pourrait plus leur faire grief d'obéir à un chef étranger. Gela avait son importance au moment où s'élaborait le Décret de Messidor. Au surplus, à la suite de cette alerte, la Société, olïiciellement dissoute, prend en réalité un nouvel essor. Peu de mois auparavant la municipalité de Roanne lui avait confié la direction de Tancien collège des Jésuites ; c'était donc, avec ceux d'Amiens et de Belley, trois établissements d'enseignement secondaire que le Décret impérial devait supprimer. On se contenta de quelques mutations dans le personnel. Mais, en même temps, le cardinal Fesch installait les Pères de la Foi à l'Argentière. S'autorisant du Décret luimême, il écrivait à Fouché que, « les Pères de la Foi étant dissous », il en avait recruté quelques-uns pour enseigner dans son Séminaire. <f Ces hommes, ajoutait-il, ne tiennent plus à aucune corporation. Ils ne sont plus que des individus isolés... C'est moi seul qui suis le régulateur de mon petit séminaire et qui en prescris les règlements et les exercices ^ » Pour le moment, le ministre de la police parut se contenter de celte déclaration. En moins de trois années, les Pères de la Foi acceptèrent des établissements analogues à Pioulers dans le diocèse de Gand, à Montmorillon, à Marvéjols, à Bazas. Entre temps le collège d'Amiens avaitété transféré à Montdidier.
Mais l'orage que l'on avait pu conjurer en 1804 couvait toujours. Fouché avait poursuivi son enquête avec son implacable ténacité et son absence de scrupule accoutumée. Il ne lui était pas difficile, en faisant ouvrir la correspondance des Pères de la Foi, d'acquérir la preuve qu'il cherchait. En dépit des dénégations du grand aumônier, ils formaient une association religieuse et reconnaissaient un supérieur autre que l'ordinaire du diocèse, à savoir le Père Varin. Le Rapport fut mis sous les yeux de l'empereur, avec pièces à l'appui. Le ministre n'eut pas beaucoup de peine à lui persuader qu'une société dont l'existence était