Il n'y eut jamais de Pères de la Foi à Clermont
2, Correspondance de Napoléon I'"', t. XVI, p. 121.
collèges et séminaires, déclarant au surplus qu'il ferait déporter à la Guyane ceux qui, dans les quinze jours, n'auraient pas regagné leurs diocèses respectifs.
Le cardinal Fesch a raconté lui-même dans une lettre écrite dès le lendemain à l'un de ses grands-vicaires la scène qui venait de se passer*. On peut regretter qu'il ne s'explique pas sur le reproche de s'être laissé tromper par les Pères de la Foi. Comme on l'a vu plus haut dans sa lettre à Fouché, il déclarait catégoriquement que les professeurs qu'il installait à l'Argentière, anciens membres de la Société dissoute, n'étaient plus que « des individus isolés », ne tenant plus « à aucune corporation». Faudraitil donc croire que les Pères de la Foi avaient en effet trompé le cardinal? Le Père Varin lui aurait affirmé que lui et ses confrères avaient, en conséquence du Décret de Messidor, renoncé aux engagements qu'ils avaient contractés envers la Société. L'ancien soldat de l'armée de
I. « Il y avait plus d'un mois que l'empereur me disait à différentes reprises que les Pères de la Foi m'avaient trompé en me promettant et en donnant leur parole d'honneur qu'ils n'étaient pas réunis en Congrégation reconnaissant un chef parmi eux et ayant des correspondances à l'étranger. Mais hier au soir, à neuf heures et demie, en présence de toute la cour, hommes et femmes, ministres de l'Empire et étrangers, princes français et étrangers, Sa Majesté entame une longue discussion sur ces hommes qui, selon lui, prétendent, sans son autorisation, s'emparer de l'éducation de la jeunesse de France. Un ministre même, ajouta-t-il, venait de lui dire que, sous le prétexte de séminaires, j'avais formé des collèges qui détruisaient les lycées et menaçaient dans sa naissance l'Université de l'empire, qui allait être instituée au premier jour. Dans cette même discussion, mes petits-séminaires étaient violemment attaqués et menacés d'une suppression totale. Vous ne doutez pas que je ne les aie défendus avec toute l'énergie et le zèle qui m'anime. Mais, en finale, il fut arrêté que les Pères de la Foi seraient répartis dans les paroisses dans la quinzaine et que mes petits-séminaires seraient tenus par des prêtres séculiers n'ayant aucune unité de corporation.
« Et comme je les avais pris sous ma protection, — à laquelle l'empereur prétend qu'ils ont manqué en me trompant, — et comme chef de l'Église de France par ma position, il m'enjoignit de dissoudre sur-le-champ tous leurs collèges ou séminaires, sous la peine portée contre eux d'être embarqués pour la Guyane en cas de contravention de leur part. » (Cf. Études, t. CXII, p. 649.)