‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 53 sur 358 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Condé aurait donné « sa parole d'honneur » qu'il n'y avait plus entre eux aucun lien de subordination, alors que cependant ils continuaient, comme auparavant, lui à commander et eux à obéir.

Nuldoute que cette explication ne sourie àcertaines gens. Les Pères de la Foi étaient presque des Jésuites ; ils le sont déjà par le cœur, encore quelques années ils le seront tout à fait. Alors, rien d'étonnant, s'ils ont cherché à se tirer d'un mauvais pas parla fourberie et le mensonge!

Malheureusement l'explication est par trop simpliste, et elle ne supporte pas l'examen. Pour quiconque est un peu au courant des choses de l'administration ecclésiastique, l'existence et le fonctionnement d'une Congrégation religieuse à l'état de société secrète, à l'insu et contre le gré de l'Ordinaire, est chose impossible. D'autre part, si l'oncle de l'empereur eût effectivement été abusé par les Pères de la Foi, si les papiers de Fouché que Napoléon lui mit sous les yeux lui eussent appris sur leur compte des choses qu'il ignorait, sa lettre à son grandvicaire serait certainement écrite sur un autre ton. Surtout il n'aurait pas continué à couvrir de sa bienveillance et de sa protection des gens qui eussent mérité toute autre chose. Ce que l'on peutaffîrmer avec assurance, c'est que le cardinal-archevêque de Lyon savait parfaitement à quoi s'en tenir sur la situation spéciale et le genre de vie de ces prêtres qu'il avait trouvés établis dans son diocèse et que lui-même avait installés dans des postes de confiance. Il acceptait leur présence et utilisait leurs services, sans prétendre rien changer à leur organisation canonique consacrée par l'autorité du Saint-Siège, leur demandant seulement de se soumettre à sa juridiction pour l'exercice extérieur de leur ministère.

Que telles fussent ses intentions, le billet suivant adressé au Père Varin, à l'apparition du Décret de Messidor, suffirait à le prouver :

« Je serais bien fâché que la mesure qui vient d'être prise à votre égard privât mon diocèse des secours qu'il

a trouvés en vous jusqu'ici. Je sais trop bien apprécier les services que vous lui avez rendus pour ne pas m'empresser de vous mettre en état de les continuer. Je vous donne donc, à vous et à chacun de ces Messieurs que vous en jugerez capables^ tous les pouvoirs nécessaires pour y exercer le saint ministère comme vous avez fait par le passé '. »

L'archevêque reconnaît explicitement la hiérarchie intérieure de la Société ; c'est le Supérieur qui communiquera les pouvoirs spirituels, sous sa responsabilité, à ceux de ses inférieurs qu'il estime capables.

Quelques mois plus tard, au lendemain du sacre, Fesch réorganise l'Argentière, dont il veut faire « le séminaire le plus distingué de France »; il va congédier « les prêtres séculiers » qui le dirigeaient pour les remplacer par les « ci-devant Pères de la Foi ». Son vicaire-général, l'abbé Courbon lui fait à ce sujet de sérieuses représentations. L'archevêque lui répond : « Vous avez vu, mon cher Monsieur Courbon, plusieurs inconvénients majeurs à confier à ces ci-devant Pères de la Foi l'éducation des jeunes élèves du sanctuaire. Vous avez craint qu'ils ne deviennent bientôt des maîtres incommodes, qu'ils ne détournent nos meilleurs sujets du service des paroisses en se les affiliant... »

Le vicaire-général sait aussi bien que le cardinal que l'on a affaire, non à des personnes isolées, mais à une Société distincte du clergé diocésain, qui a son autonomie, qui se recrutera « des meilleurs sujets ». L'archevêque s'efforce de le rassurer :

« Mais tous ces inconvénients ne sauraient exister là où il n'existe plus de corps véritable. Que ces Messieurs s'estiment les uns les autres, qu'ils conservent quelques rapports de défense mutuelle, il y a loin de là à une corporation. Au surplus, en leur confiant mon petit-séminaire de l'Argentière, j'en demeure constamment le premier

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