CHAPITRE II
delà maison d'Amsterdam, avait reçu du Père Brzozowski les pouvoirs nécessaires pour procéder au rétablissement de la Compagnie de Jésus dans les Pays-Bas ; il avait déjà admis comme novices plusieurs des Pères de la Foi et un certain nombre de jeunes clercs. Cette nouvelle augmenta les perplexités du Père Varin, d'autant plus que la décision qui lui avait été donnée concordait mal avec son opinion personnelle et celle de la plupart de ses confrères. Il se rendit donc en Belgique pour conférer avec les PP. Fonteyne, Leblanc et Bruson. Ceux-ci témoignèrent leur surprise et leur peine de la réponse faite par le prélat romain et le Père de Clorivière ; ils la combattirent de toutes leurs forces. C'était selon eux ajourner indéfiniment la réalisation de ce qui avait été l'idée fondamentale et l'objet même de la Société à laquelle ils avaient les uns et les autres donné leurs noms. Le Souverain Pontife rentré en possession de ses Etats allait incessamment profiter de sa liberté et delà paix rendue à l'Eglise pour réparer l'œuvre de destruction imposée à la faiblesse de Clément XIV par la coalition de l'impiété philosophique, de la volupté et de l'imprévoyance. Etait-ce le moment de se dérober, après s'être préparé pendant vingt ans pour cette restauration? Le P. Fonteyne insistait fortement pour que le Père Varin écrivît sans retard au Père Général et lui demandât de désigner un fondé de pouvoirs qui ferait pour la France ce que lui-même faisait pour la Belgique. Mieux encore ; si le Père Varin pouvait entreprendre le voyage de Pétersbourg, il obtiendrait bien plus aisément la faveur que lui et ses confrères désiraient.
Ceci se passait sur la fin du mois de mai ou dans les premiers jours de juin 1814. Nous laissons maintenant le Père Varin lui-même raconter, dans une lettre au Père Général, quelle fut la suite de sa conférence avec les Pères de Belgique :
«...Je puis vous assurer, mon Très Révérend Père, que cette dernière proposition entra bien aisément et bien profondément dans mon cœur. Le délabrement de ma santé,
les difficultés, la longueur et les fatigues d'un tel voyage ne me firent pas la plus légère impression. Je n'étais touché que du sentiment de mon bonheur, si, en vous donnant cette marque de dévouement, je pouvais accélérer pour la France le moment du rétablissement de la Compagnie et pour mes frères le moyen d'y être plus promptement admis. 11 me semblait que, si le ciel eût béni ma démarche, en vous inspirant d'acquiescer à ma demande, j'aurais dit de tout mon cœur : Nunc lœtiis moriar.
« Le Père Fonteyne vit avec plaisir ma détermination, et il écrivit à Amsterdam pour préparer les voies à mon embarquement. Mon départ ne devait être différé que de quelques jours pour me donner le temps d'informer le Père de Glorivière de mon voyage, et lui témoigner la joie que nous éprouverions, si Votre Paternilé nous le donnait pour la France, comme Elle a donné le Père Fonteyne à la Flandre. Quelles furent ma surprise et ma consolation, lorsque, dans cet intervalle, il m'annonça lui-même qu'il venait de recevoir une lettre de Votre Paternité, qui l'autorisait à préparer les moyens de rétablir en France la Compagnie! Je m'empressai donc de me rendre auprès de lui, et considérant en sa personne Votre Paternité dont il nous tient la place, je me remis entièrement entre ses mains et avec moi tous ceux dont la Providence m'avait pour un temps confié la direction. Comme la plupart sont encore dispersés, je vais les informer de la démarche que je viens de faire en leur nom, et je suis assuré qu'ils seront au comble de la joie.
« Du reste, mon Très Révérend Père, nous sommes bien loin d'avoir la prétention d'être agrégés in globo dans la Compagnie. Nous ne nous y présentons que comme de simples individus, disposés à répondre à toutes les questions qu'on voudra nous faire et à passer par toutes les épreuves qu'on jugera convenables. En sollicitant comme la plus grande des faveurs notre admission, nous nous en reconnaissons bien indignes. Mais si quelque chose peut vous donner un peu de confiance, c'est le grand désir que