‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 64 sur 358 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

nous avons depuis si longtemps de vivre et de mourir sous l'obéissance dans le sein de la Compagnie. Je crois devoir encore ajouter qu'il n'y en a pas un parmi nous qui ne soit tout dévoué au Vicaire de Jésus-Christ et qui ne soit bien éloigné de toutes les opinions qui peuvent le contrister.

« Maintenant, mon Très Révérend Père, je me livre à l'espérance que vous ne rejetterez pas des cœurs qui, pénétrés du sentiment de leur misère mais remplis de bonne volonté, se donnent tout à vous, pour que vous les unissiez à Jésus-Christ, et je finis en vous assurant de nouveau de l'entier dévouement de tous ceux qui m'étaient associés et du profond respect avec lequel je suis, etc. »

Avant de pousser plus loin, nous devons dire qui était ce Père de Clorivière dont le nom s'est déjà présenté au cours de ce récit, et que la Providence avait destiné à être le premier et principal ouvrier de la restauration de la Compagnie de Jésus en France ^

Pierre-Joseph Picot de Clorivière était né le 29juin 1735 à Saint-Malo d'une famille où l'on se transmettait depuis plusieurs siècles un héritage d'honneur et de vertus. Entré dans la Compagnie de Jésus le 14 août 1756, il était régent au collège de Compiègne, lorsque l'arrêt du Parlement de Paris l'obligea de quitter la France pour rester fidèle à sa vocation(1762). Il se donna à la Province d'Angleterre, fit ses études de théologie au collège de Liège et y fut admis à la profession des quatre vœux, le 15 août 1773. A cette date, le Bref de Clément XIV, signé le 21 juillet, n'avait pas encore été notifié en Belgique. Rentré en France après la suppression de la Compagnie, le Père de Clorivière exerça différentes fonctions dans son diocèse d'origine. Curé de Paramé de 1775 à 1779, puis directeur du collège diocésain de Dinan, jusqu'à la Révolution, il donna constamment l'exemple de toutes les vertus sacer-

I. Ce qui suit est extrait en substance de l'excellente Histoire du R. P. de Clorivière, pa.r le P. Jacques Terrien. In-8°. Paris, 1891.

dotales. Aux travaux d'un ministère absorbant il ajoutait encore la composition de divers ouvrages principalement destinés à l'édification du clergé, comme le Modèle des Pasteurs et la Vie du vénérable Grignon de Montfort. On a conservé le souvenir d'un trait touchant de sa charité et de son zèle pour le salut des âmes qui lui étaient confiées. Comme il ne pouvait triompher des résistances d'un de ses paroissiens, il chercha quelle pénitence il pourrait bien s'imposer pour obtenir la conversion de ce malheureux. Ne trouvant pas autre chose à retrancher de son pauvre ordinaire, il promit à Dieu de renoncer pour toujours à sa tasse de café, si cette faveur lui était accordée.

Le Père de Clorivière ayant refusé de prêter le serment imposé au clergé par l'Assemblée Nationale, se vit dès lors exclu de toute fonction du ministère sacerdotal public. 11 songea d'abord à partir pour l'Amérique et s'offrit à Mgr CarroU, son ancien confrère, pour aller travaillerdans la Mission du Maryland. Un enchaînement de circonstances indépendantes de sa volonté mit obstacle à l'exécution de son dessein. A ce moment-là même lui fut inspirée Tidée d'une fondation originale et féconde, qui allait prendre corps au milieu même delà tempête révolutionnaire.

11 s'agissait de deux associations pieuses, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes, répondant aux besoins d'une époque qui n'avait pas d'analogue dans l'histoire. La Révolution débutait par la destruction des Ordres religieux; bientôt tous les monastères seraient fermés, tous les cloîtres déserts, la vie religieuse sous toutes ses formes diverses serait éteinte en France. De longtemps sans doute elle ne pourrait reparaître sous ses aspects traditionnels. Manifestement il y a antagonisme entre l'esprit du siècle et les institutions monastiques. Et cependant la sève de l'Évangile ne saurait rester inactive; Jésus-Christ ayant ouvert la voie des conseils, il faudra toujours qu'il y ait des âmes qui s'y engagent à sa suite, une élite qui s'élève audessus du niveau commun et qui exerce sur la masse une influence salutaire. Pour conciliercette exigence inhérente

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