‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 67 sur 358 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

par le Saint-Père (19 janvier 1801). A ce même moment, son neveu Joseph de Limoëlan, impliqué dans l'attentat de la machine infernale^ se dérobait par la fuite aux recherches de la police. Du même coup, le Père de Glorivière se trouva désigné aux soupçons, et quatre ans plus tard, à la suite du complot de Gadoudal, il se vit arrêté, interrogé et, sans autre forme de procès, sans même aucune inculpation précise, interné au Temple, devenu prison d'Etat (5 mai 1804). C'est ainsi que procédait la justice impériale. Le Père de Glorivière était âgé de soixante-neuf ans, et il allait demeurer prisonnier cinq années entières.

A plusieurs reprises des démarches furent faites pour obtenir sa libération. Sa nièce, Mme d'Allérac, ayant un jour insisté auprès de Real, successeur de Fouché à la police générale, celui-ci se contenta de répondre : «11 ne sortira pas ; il bavarderait. » Il fut impossible d'avoir d'autre explication. L'historien du Père de Glorivière a tâché d'élucider le sens de cette parole : // bavarderait. Deux morts violentes eurent lieu au Temple, celle de Pichegru, le 6 avril 1804, et celle du capitaine anglais Wesley Wright, l'un et l'autre compromis dans le complot de Gadoudal. La version officielle les mit au compte du suicide; la rumeur publique, éveillée par l'exécution du duc d'Enghien, les attribua à une autre cause. Le Père de Glorivière était voisin de chambre du malheureux capitaine. Dans une lettre écrite quelques jours après, il parait bien admettre le suicide : « Il (le général) n'a pas eu le courage de supporter son malheur et celui de son parti. » Mais on ne peut guère tirer argument d'une correspondance qui, assurément, passait sous d'autres yeux que ceux des destinataires. Cependant, sans vouloir expliquer par le crime des faits sur lesquels plane encore le mystère, on peut croire, dirons-nous avec le biographe, « que, dans le cours de sa longue et injuste détention et de ces tracasseries persécutrices dont il était l'objet depuis sept années déjà, le Père de Glorivière avait été témoin de plusieurs choses que le directeur de la haute

police ne voulait pas exposer aux hasards d'une divulgation publique' ».

Quoi qu'il en soit, cette détention elle-même d'un vieillard inofFensif est restée un problème dont sans doute il ne faut pas chercher la solution ailleurs que dans l'arbitraire d'un pouvoir qui ne connaît pas de frein. Sic volo, sicjubeo. Le régime de la prison était d'ailleurs exempt de rigueur; la plus grande privation pour l'homme de Dieu fut de passer quatre années entières sans célébrer le saint sacrifice. Le Divin Maître toutefois ne laissait pas de visiter son serviteur et de le consoler par sa présence réelle. Par les soins de Mlle Adélaïde de Gicé, sa première coopératrice dans la fondation de la Société du Cœur de Marie, la Sainte Eucharistie pénétrait au Temple et parvenait au prisonnier, dissimulée dans des envois d'objets qui n'attiraient point l'attention des gardiens.

Le Père de Glorivière employa les loisirs de sa réclusion à écrire de volumineux commentaires sur l'Ecriture sainte, particulièrement sur l'Apocalypse. Il trouva même l'occasion d'exercer son zèle d'apôtre auprès de quelques-uns de ses compagnons de captivité, et il eut la joie de ramener au catholicisme un attaché de l'ambassade russe, M. Christine, Suisse de nationalité et calviniste. M. Christine fut libéré en 180.5 et, comme il retournait en Russie, le Père de Clorivière lui confia une lettre pour le Père Griiber par laquelle il sollicitait la faveur d'être réadmis dans la Compagnie de Jésus. Le Père Grûber était mort depuis peu quand la lettre parvint à Saint-Pétersbourg, et ce fut le Père Lustyg, vicaire général pendant l'intérim, qui lui répondit. Il l'autorisait à renouveler sa profession et l'incorporait à la Province de Russie.

En 1808 la Tour du Temple était condamnée à disparaître. Le Père de Glorivière fut alors transféré à Vincennes, puis dans une maison de santé, près de la barrière du Trône. C'était un adoucissement, mais toujours Ja

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