‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 68 sur 358 · I. Op. cit., p · texte numérisé non relu

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CHAIMTUE II (1814) 51

captivité. Elle ne prit fin que l'année suivante (il avril 1809). Le Père de Glorivière sortit de prison sans qu'on daignât lui dire pourquoi il y était entré'.

Le premier usage qu'il fit de sa liberté fut de se mettre à la disposition de son Général : « Merci mille fois à Votre Paternité, lui écrivait-il, de ce qu'elle consente, après tant d'années, à reconnaître encore pour un des siens le fils très indigne sans doute, mais, j'ose le dire, très aimant de notre Compagnie. Déjà le Père Lustyg avait bien voulu me recevoir. Prosterné aux pieds de Votre Paternité, je lui consacre de nouveau mon obéissance et je lui demande humblement sa bénédiction... »

Il lui faisait part ensuite d'une proposition qu'il venait de recevoir. Mgr Garroll le réclamait pour diriger le noviciat de la Province du Maryland. Malgré ses soixantequinze ans le Père de Glorivière se sentait assez de forces et de courage pour accepter cette charge. Mais il se voyait retenu par la direction des deux Sociétés du Gœur de Jésus et du Go^ur de Marie. Cependant, si Sa Paternité jugeait que son départ fût plus conforme à la volonté divine, il était prêt à s'embarquer sans retard.

Le Père Général ne crut pas devoir accepter des offres si généreuses; il conseilla au Père de Glorivière de continuer à s'occuper de ses œuvres qui « dans ces temps calamiteux» rendaient de très précieux services à l'Eglise et à la France.

De fait l'une et l'autre Société se recommandaient dès lors par une activité intelligente et féconde. Les Pères du Sacré-Gœur avaient, en 1804, reçu les éloges de Portalis. Dans le Rapport qui prépara le Décret de messidor,

I. Ce n'est que l'année suivante, 3 mars i8io, qu'un Décret lit entrer officiellement dans la législation impériale la détention sans jugement, imitée des lettres de cachet, abolie par la Révolution, mais rétablie de fait depuis le Consulat. Ce Décret débutait ainsi : « Considérant qu'il est un certain nombre de nos sujets, détenus dans les prisons d'Etat, sans qu'il soit convenable de les traduire devant les tribunaux ou de les faire mettre en liberté... »

il s'exprimait ainsi à leur sujet : « Ils se vouent à des pratiques sévères et à des vertus peut-être exagérées. » Mais, ajoutait-i!, « ils ont annoncé le désir de se lier par des vœux perpétuels ; et cela est inconciliable avec nos lois », Cependant ils ne furent pas mentionnés expressément dans le Décret et, après comme avant, ils dépensèrent, malgré leur petit nombre, dans tous les travaux du ministère sacerdotal un dévouement qui arrachait à Tarchevêque de Besançon, Le Coz, ce bel hommage : « Partout où j'ai vu cette Société établie, je l'ai vue faisant beaucoup de bien avec intelligence et simplicité. » Parmi les noms qui lui font le plus d'honneur, on peut citer celui de l'abbé Lefebvre, du diocèse de Rouen, canonisé par la voix publique, celui de l'abbé Vielle à Saint-Brieuc, de l'abbé Jean de La Mennais, le fondateur des Frères de l'Instruction chrétienne, de l'abbé d'Aubonne, etc.

D'autre part, le Père de Glorivière n'avait pas cessé durant sa longue captivité de soutenir par ses lettres le courage et la ferveur de ses filles. Avec une méthode faite de discrétion et de silence, leur Société s'était propagée, accomplissant, ellf aussi dans sa sphère, un bien incalculable. Au sortir de sa j^rison, il les trouvait établies dans un grand nombre de villes, depuis la Bretagne jusqu'à la Provence. Pendant les années qui suivirent, le saint vieillard put se consacrer davantage à leur formation religieuse, à la rédaction des règles et à l'organisation définitive de la Société. Lorsque, en 1812, Pie VU fut transféré de Savone à Fontainebleau, le Père de Glorivière eut la consolation d'être introduit auprès du Pontife par le cardinal di Pietro, le chef des cardinaux noirs, qui l'honorait de son amitié. Une fois de plus Pie VII voulut bien approuver de vive voix la nouvelle forme de vie religieuse dont le Père avait été l'initiateur. Quant à l'approbation écrite, elle fut donnée seulement en 1825 par le pape Léon XII ; mais à ce moment la Société de prêtres, la première en date, avait cessé d'exister.

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