CHAPITRE II
faire à présent pour le rétablissement de la Société en France, de rinformer en particulier de tous ceux qui sont à Paris. Je ferai plus, je lui parlerai de tous les Jésuites français que je pourrai connaître tant en France que dans les pays étrangers. Vous serez le premier nommé avec le Père Fontaine, et je l'engagerai à faire revenir en P'rance tous ceux qui seront encore en état d'y revenir; nous en avons le plus grand besoin, car nous sommes tous vieux et caducs. Vous me direz que vous l'êtes aussi ; vous ne l'êtes pas au point de ne pouvoir rien faire ; votre présence seule serait très utile. Un Jésuite travaille pour la gloire de Dieu jusqu'au dernier soupir, et ne se repose que dans le tombeau. »
Le Père Fleury se fût rendu volontiers à une invitation aussi touchante. Il répondit qu'il s'en remettait à la décision du Père Général qui seul pouvait l'enlever à la Province anglaise à laquelle il appartenait. Le Père de Glorivière s'empressa de solliciter cette translation qui lui fut accordée. Le 2 octobre il écrivait donc à son ami :
« Mon aimable et Révérend Père,
« Le Père Général, touché de nos besoins, me charge de vous prier devenir nous aider en France au rétablissement de notre commune mère et de vous dire que vous ferez en cela une chose qui lui sera très agréable et par laquelle vous témoignerez l'amour que vous avez pour notre sainte Gompagnie. Aussi nous vous attendons le plus tôt qu'il vous sera possible. Vous pourrez descendre rue des Postes^ près l'Estrapade, /z" 18 ou 20. Vous y trouverez des frères qui vous recevront à bras ouverts; un vieillard octogénaire leur en donnera l'exemple et fera tout ce qui sera en son pouvoir pour adoucir les fatigues de votre voyage. »
Malgré tout, le « vieillard octogénaire » dut se passer de l'aide de son vieil ami ; le Père Gharles Fleury fut retenu en Angleterre. Mais déjà, la Providence avait
ménagé au Père de Glorivière une abondante compensation. A défaut de ses anciens compagnons d'armes « tous vieux et caducs », il avait vu venir à lui des hommes dans la force de l'âge, formés aux vertus religieuses, exercés dans les ministères de la Compagnie et chez qui une longue attente n'avait fait qu'attiser le désir d'être reçus dans la famille de saint Ignace. Nous avons dit comment le Père Varin avait été arrêté au moment de partir pour la Russie par la bonne nouvelle que ce qu'il allait demander au Père Général était déjà accordé. Il s'empressa donc de rentrer à Paris et de se remettre entre les mains du Père de Glorivière. Quelques semaines plus tard, lui et trois autres Pères de la Foi, Léopold Boissard, Pierre Roger et Nicolas Jennesseaux, après l'examen prescrit par l'Institut, furent canoniquement admis au noviciat. G'était le 19 juillet 1814, en la fête de saint Vincent de Paul. Avant la fin du mois, cinq autres Pères et un frère coadjuteur leur furent adjoints; c'étaient les PP. Etienne Dumouchel, Pierre Béquet, Pierre Ronsin, Augustin Goulon, Jean Nicolas Loriquet et le Frère Jean Malet. Ils se trouvèrent donc réunis, pour la première fois, au nombre de dix, en la fête du saint fondateur de la Gompagnie, 31 juillet 1814.
G'était dans les dépendances du Gouvent des Garmes, où le Père de Glorivière avait son logement. Le lieu était bien choisi. Quatorze anciens Jésuites y étaient tombés en 1792 sous les coups des Septembriseurs. 11 semblait donc que la Gompagnie de Jésus en France au dix-neuvième siècle germait dans le sang de sa devancière. Neuf recrues autour d'un vétéran, c'était un bien faible bataillon ; mais les âmes étaient vaillantes et s'ouvraient à de vastes espoirs. Nous en trouvons l'expression dans une petite adresse en vers latins, présentée à cette occasion par un de ses novices au Père de Glorivière, « commissaire général de la Gompagnie de Jésus en France ». Ge menu détail méritait d'être noté; on y voit que la Gompagnie de Jésus renaissante est fidèle à la tradition humaniste. G'est une