CHAPITRE II
manière comme une autre d'affirmer qu'elle est bien restée elle-même ^
A quelques jours de là Pie Vil promulguait la Bulle Sollicitudo omnium Ecclesiarum^ par laquelle était enfin révoqué le Bref de Clément XlVet la Compagnie de Jésus rétablie dans le monde entier. Après avoir rappelé les deux Brefs précédemment donnés dans les premières années de son pontificat en faveur de l'Ordre de saint Ignace, dans l'empire Russe et dans le royaume des Deux- Siciles, le Pape s'exprimait ainsi :
« Chaque jour nous arrivent de tous les points de l'univers chrétien, de la part de nos vénérables Frères les archevêques et évêques, ainsi que de personnes considérables de tout ordre, des requêtes pressantes pour que nous rétablissions cette même Société de Jésus... La dispersion même des pierres du sanctuaire, par suite de calamités récentes qu'il vaut mieux pleurer que rappeler à la mémoire, le dépérissement de la discipline dans les Ordres religieux qui sont l'honneur et la force de la religion et de l'Eglise catholique, et dont le relèvement fait l'objet actuel de nos pensées et de nos soins. Nous sollicitent de faire droit à des désirs si universels et si justes. Nous nous estimerions en effet coupable d'un très grand crime devant Dieu, si dans des circonstances si périlleuses pour la société. Nous négligions d'employer les remèdes salutaires que, par une particulière providence, il plaît à Dieu de préparer, et si, placé dans la barque de Pierre ballottée et secouée par de perpétuelles tempêtes, Nous repoussions, alors qu'ils s'offrent à nous, des rameurs exercés et vigoureux, capables de briser la fureur des flots qui nous menacent à tout instant de naufrage et de mort. Pressé par des motifs si nombreux et si graves, Nous avons enfin résolu d'accomplir ce qui, dès le début de notre Pontificat, fut pour Nous l'objet d'un désir ardent-... »
I. Voir aux Pièces justificatives, n* III. a. Voir aux Pièces justificatives, n" IV.
Si l'on se rappelle les embarras et les timidités de Pie VI, ses adjurations au duc de Parme pour obtenir que le roi d'Espagne veuille bien tolérer que les Jésuites soient rétablis quelque part, fut-ce même hors de ses États, on constate, au tonde la Bulle de Pie Vil, qu'il y a quelque chose de changé dans l'attitude du chef de l'Eglise vis-à-vis des têtes couronnées. On a vu dans la lettre au Père de Clorivière comment le Général Brzozowski concevait la restauration delà Compagnie de Jésus dans les Etats catholiques. C'était le roi de France, et à sa suite les princes de la maison de Bourbon, qui devaient prendre l'initiative et agir auprès du Pape. Pie VII parle bien du vœu presque unanime de l'épiscopat et des catholiques les plus recommandables en faveur du réiablissement des Jésuites, mais il n'attend pas, et assurément il n'a pas demandé aux princes régnants l'autorisation de rapporter la mesure imposée à Clément XIV par eux-mêmes et par leurs prédécesseurs contre l'ordre de saint Ignace. La proscription des Jésuites avait été le premier acte d'une tragédie dans laquelle tous les trônes de l'Europe avaient été ébranlés. On sortait à peine d'une tourmente où tout l'ordre social et politique avait failli sombrer. La leçon avait été dure pour les souverains plus encore que pour les peuples. Le Pape pouvait croire qu'ils l'avaient comj)rise et qu'ils ne songeraient point à s'opposer à la réparation d'une iniquité dont ils avaient été les véritables artisans et dont ils linissaient par être les victimes. Défait aucune cour n'éleva de protestation contre la Bulle SoUicitudo ; seul le régent de Portugal, Don Pedro, alors réfugié au Brésil, déclara s'en tenir à ce qui avait été réglé par Clément XIV.
La Bulle fut promulguée à Rome, dans l'église du Gesà restituée aux enfants de saint Ignace; le Père Panizzoni, au nom du Ciénéral Thaddée Brzozowski la reçut des mains du Pape. On peut voir dans les Mémoires du cardinal Pacca que cet événement s'accomplit au milieu des manifestations de l'allégresse publique : « Le peuple romain, dit-il, accompagna Pie VII depuis le Quirinal jusqu'à l'église du