‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 74 sur 358 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Gesù, où l'on fit la lecture de la Bulle, et le retour du Pape à son palais fut une marche triomphale *. » Le cardinal qui, comme tant d'autres de ses contemporains, avait puisé dans son éducation une véritable hostilité contre les Jésuites, termine son écrit par cette déclaration : « J'ai cru devoir entrer dans ces détails pour saisir l'occasion de laisser dans mes écrits une rétractation solennelle des discours imprudents que j'ai pu tenir dans ma jeunesse contre une Société qui a si bien mérité de l'Église de Jésus-Christ^. »

En France la proclamation de la Bulle porta la joie dans le cœur de ceux qui attendaient depuis plus ou moins longtemps l'heure favorable. Ce fut pour eux comme l'appel au drapeau. Dans l'espace de deux mois le Père de Glorivière eut la consolation d'admettre près de 70 novices; le plus grand nombre étaient déjà prêtres et anciens Pères delà Foi. Il fallut chercher à la hâte une maison pour recevoir tout ce monde. Les religieuses de la Visitation avaient racheté l'ancien couvent des Eudistes, au numéro 20 de la rue des Postes, sur la montagne Sainte-Geneviève. Le Père de Glorivière était depuis longtemps en relations avec cette communauté, où sa sœur avait fait profession et où elle était morte le 3 janvier 1804. Les Visitandines consentirent à lui céder l'ancien hôtel de Juigné attenant au monastère; il s'y installa dès le mois de septembre; c'est là qu'il accueillit les nombreuses recrues que la Providence lui envo3^ait. La règle religieuse, avec les

1. Memorie storiche, etc., del Cardinale Bart. Pacca. Parle 3", c. vin, p. 36, Roma, i83o.

2. Op. cit. Cf. Univers, 22 juin 1896. Traduction de l'extrait publié par la Civiltà Cattolica, qui possède l'original (Série 16, vol. 5, n° 1079).

exercices du noviciat, y fut établie tout d'abord; cette maison peut donc bien être considérée comme le berceau de la nouvelle Compagnie de Jésus en France'.

Cependant le petit bataillon était à peine formé que déjà on réclamait ses services en divers lieux. Les instances étaient si pressantes que, dès celte première année, le Supérieur dut accepter, avec le Grand-Séminaire de Soissons, les trois Petits-Séminaires d'Amiens, de Bordeaux et de Montmorillon. Plusieurs autres demandes furent ajournées, entre autres celle de la ville de Belley qui eût bien voulu remettre immédiatement aux Jésuites le collège où elle avait conservé jusqu'en 1809 les Pères de la Foi. Mais on était sous le régime du monopole, et si, comme nous l'expliquerons plus loin, les Jésuites pouvaient prendre du service dans les séminaires, sous le couvert des évêques, il n'en était pas de même pour des collèges qu'ils auraient dirigés sous leur propre responsabilité.

Toutefois le vénérable vieillard, seul dépositaire des traditions de l'Ordre de saint Ignace, n'avait garde de compromettre dans des œuvres trop hâtives la formation de ceux dont il avait la charge. Il retint auprès de lui la plus grande partie de son personnel; il faut se souvenir que tous, même les plus âgés n'étaient que de simples novices. La durée du noviciat chez les Jésuites est de deux années entières, pendant lesquelles se succèdent une série d'épreuves déterminées par les Constitutions. 11 n'était guère possible, dans celte période de début, de remplir exactement tout le programme. Mais parmi ces épreuves, il en est une, d'importance exceptionnelle et qui ne doit jamais être omise, nous voulons parler de la grande retraite d'un mois, selon la formule des Exercices spirituels de saint Ignace.

I. En 1820, les Visitandines entreprirent une nouvelle construction, et les Jésuites durent s'installer provisoirement au n» 4o de la rue des Postes. Ils y restèrent peu de temps; l'immeuble des n°' 33 et 35 de la rue de Sèvres fut acquis en 1 821, et la Communauté y fut Iransférce l'année suivante.

Page 1