‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 8 sur 358 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

dans le trésor de l'Etat après réalisation de la fortune immobilière des Jésuites. Pour eux personnellement cette spoliation ne leur était pas sensible comme elle l'eût été pour des capitalistes ordinaires. L'accident est tellement fréquent dans leur histoire qu'ils ne s'en étonnent point du tout et s'en émeuvent médiocrement. Saint Paul a tracé aux apôtres de tous les temps une règle que saint Ignace a transmise à son Ordre : « Quand nous avons la nourriture et le vêtement, nous ne demandons pas davantage ^ » Et cela on le trouve toujours sur les fonds de la Providence et de la charité chrétienne. D'ailleurs quand on a fait le sacrifice de ses afl'ections de famille et renoncé à tous les petits bonheurs de ce monde, on serait bien mal avisé d'attacher son cœur à des pierres. Au surplus ces résidences, ces collèges, ces églises bâties très souvent à grands frais, n'étaient point pour les Jésuites des maisons de rapport, mais bien plutôt un instrument de travail, ce qu'est pour l'industriel, si l'on peut hasarder cette comparaison, l'usine avec son outillage, qui perd toute valeur du jour où l'on est condamné au chômage. Ce qui fut douloureux pour les fils de saint Ignace, ce qui leur a meurtri le cœur d'une blessure toujours saignante, c'est la ruine de toutes les œuvres auxquelles ils avaient dévoué leur vie, c'est de se voir interdits des travaux qui n'étaient point sans utilité pour l'Eglise et pour leur pays; c'est de se voir privés par l'isolement de la force et de la fécondité que l'union donnait à leur zèle.

Voilà la grande épreuve à laquelle beaucoup d'entre eux ont succombé prématurément ; voilà ce qui désole les survivants — je ne crains pas d'être démenti par un seul d'entre eux — beaucoup plus que la confiscation des beaux et grands collèges, ou même des églises, qu'ils avaient bâtis, et dont certaines gens s'imaginent qu'ils étaient fiers.

C'est devant ces ruines et au milieu de ces tristesses

I. Habentes alimenta et quibus teg-amur bis contenti sumus. I Tim., IV, 8.

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