CHAPITRE
inhabitable; il fallut licencier les élèves et ils ne rentrèrent (|u'au ])Out d'un mois.
Presque à la même date (14 novembre 1815), s'ouvraient les classes au petit-séminaire naissant de Sainte-Anne d'Auray. Avant la Révolution le pèlerinage était desservi par une communauté de Carmes, malheureusement bien déchus de l'antique ferveur. Les derniers religieux ayant été dispersés, l'abbaye et l'église furent vendues comme biens nationaux et finalement rachetées pour le compte du diocèse par le curé d'Auray, l'abbé Deshayes. Connaissant le Père de Glorivière, M. Deshayes lui avait, dès 1814, offert l'abbaye pour y établir une résidence de missionnaires. Faute de personnel il ne fut pas possible alors d'accepter. Mais pendant la dispersion des Cent-Jours, deux prêtres novices, les PP. Chapelle et Piouby reçurent l'hospitalité au presbytère d'Auray et s'employèrent avec zèle au service des paroisses environnantes. M. Deshayes conçut alors le projet d'installer à Sainte-Anne, non plus seulement une communauté de missionnaires, mais une maison d'éducation dirigée par les Jésuites. L'évéque de Vannes, Mgr de Bausset, approuva finalement le projet; lui-même traita l'affaire à Paris avec le Père de Glorivière, et sans plus tarder, on entreprit les travaux nécessaires à l'aménagement de la vieille abbaye.^
Le petit-séminaire de Sainte-Anne d'Auray débuta avec une soixantaine d'élèves; il s'en était présenté plus de deux cents; mais l'état des lieux ne permettait pas d'en recevoir davantage. On n'admit pour commencer que les élèves des hautes classes, jusqu'à la quatrième inclusivement. L'expérience enseigna depuis que la méthode inverse est de tout point préférable. Le bon esprit des jeunes Bretons atténua les inconvénients d'une organisation improvisée. Détail assez curieux signalé dans une relation manuscrite des premiers temps de Sainte-Anne, les élèves étaient arrivés avant les maîtres; l'ouverture du petit-séminaire avait été annoncée pour la Toussaint; mais à ce moment, le Supérieur, le Père Thomas s'y trouvait seul
avec les deux missionnaires; ils durent recevoir une centaine d'enfants et de jeunes gens dans une maison encombrée d'ouvriers. « Le Père Chapelle et le Père Roub}^ dit la relation, les entretenaient comme ils pouvaient; ils les faisaient un peu étudier, prier, chanter des cantiques et promener beaucoup'. Il paraît même que les élèves qui devaient entrer en Philosophie, ennuyés d'attendre, « se dégoûtèrent et s'en retournèrent à Vannes », suivre les cours du collège royal. Enfin arrivèrent les quatre professeurs, et les classes furent inaugurées le 14 novembre 1815 2.
Au mois de janvier suivant, le Père Guénet succéda dans la place de Supérieur au Père Thomas qui allait se consacrer entièrement au ministère de la prédication. Le Père Guénet fut le véritable organisateur du petitséminaire de Sainte-Anne, qu'il gouverna pendant huit années consécutives ^. C'était un religieux de grande vertu,
1. JVoles pour faire Vhisloire de la Maison de Sainte-Anne d'Auraw Manuscrit. Archives de la Province de France. Ces notes furent rédigées par le Père Guénet, Supérieur de Sainte-Anne du 5 janvier i8i6aui5 mai 1821^.
2. Le personnel était ainsi composé : P. Antoine Thomas, supérieui*; P. Louis Valantin, préfet des études; P. J.-B. Galliat, professeur de Rhétorique; Raymond Bazire, d'Humanités; Jean-Pierre Martin, de troisième; P.Victor Oudet, de quatrième. A partir de Pâques, il y eut une classe de 5"" et de 6' réunies, avec Jacques Margerit pour professeur.
3. Piei're Cuénet naquit à Buillon (Doubs), le 3i août 1767. II entra dans la Société des Pères du Sacré-Cœur en 179/), fut Supérieur delà maison de Prague, et plus tard passa en Italie. Rentré en France avec les Pères de la Foi, il dut, à la dispersion de 1807, retourner dans son diocèse d'origine. L'archevêque de Besançon lui confia la cure de Mongesoye, près d'Ornans. Cette paroisse était devenue la terreur du clergé ; aucun prêtre n'avait pu y demeurer plus de deux mois, et depuis des années elle était sans pasteur. Le Père Cuénet fut d'abord accueilli par des huées et des outrages. Mais sa douceur, ?,n patience, son humilité, son zèle et son désintéressement Unirent par triompher du mauvais vouloir de ses ouailles. Il parvint à la transformer de telle sorte qu'elle était citée comme modèle. Le Père Cuénet y demeura six ans. En 18 «4 il s'empressa de répondre à l'appel du Père Varin et, le 19 octobre, il était admis au noviciat. Il fut d'abord Supérieur, pais recteur du petitséminaire de Sainte- Anne d'Auray, 1816-1824, plus tard recteur du collège de l'Arc à Dôle, 1826-1830. De là il passa en Suisse et revint à Paris où il mourut le 18 avril i834, à l'âge de 67 ans. (Cf. A. Guidée, Vie du P. Joseph Varin, a* édit., p. !\'à.)