I. Vie du Père Joseph Varin, Joe. cit
a. Notes pour servir à Vhistoire du Petit-Séminaire de Sainte-Anne.
Avignon un petit-séminaire (jue la divine Providence semble avoir présenté d'elle même, celui qui le gouvernait s'étant donné lui-même à la Compagnie. » Mais, pour cette fois, l'établissement des Jésuites à Avignon n'eut qu'une durée épbémère. Moins de trois mois plus tard, le 2 avril, le Père de Glorivière écrit de nouveau : «Je vous avais parlé, mon Très Révérend Père, de notre heureux début à Avignon; la suite n'y a pas répondu. Nous y avons éprouvé de la part de quelques particuliers de telles contradictions que nous avons été obligés de nous retirer, au grand regret des habitants qui ont constamment donné aux Nôtres les marques du plus grand attachement et témoigné le plus vif désir de les voir bientôt revenir... »
L'échec d'/Vvignon permit d'ouvrir quelques mois plus tard le petit-séminaire de Forcalquier. L'évéque de Digne, Mgr Miollis, pressait fortement le Père de Glorivière d'établir la Compagnie dans son diocèse. La ville de Forcalquier offrait un ancien couvent de la Visitation dont elle était devenue propriétaire, et qui pourrait aisément recevoir 300 élèves. L'antique Forum Neronis n'était guère qu'une grosse bourgade, perdue dans une région pauvre et difficile d'accès. D'autres villes plus importantes étaient également en instance pour avoir un collège de Jésuites ; néanmoins diverses considérations firent pencher la balance en faveur de Forcalquier. La Compagnie de Jésus n'eut pas, au moins pendant plusieurs années, à le regretter; ce modeste établissement rendit de très appréciables services aux populations de la Provence et lui fournit à elle-même un bon nombre d'excellentes recrues.
Les débuts à Forcalquier ne furent pas moins durs qu'à Sainte-Anne; on y connut toutes les rigueurs de la pauvreté; la communauté, composée dès l'abord de quinze personnes, manquait des choses les plus nécessaires; il n'y avait ni lits, ni linge, ni mobilier, et on était au commencement de l'hiver. Le Supérieur, le Père Léopold Boissard, était un homme d'initiative et d'un courage à toute épreuve. Ordonné prêtre à Fribourg en Suisse, au
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fort de la Terreur, il était revenu à Dôle-du-Jura, son pays natal, pour donner à ses compatriotes, au péril de sa vie, les secours de son ministère. Il n'avait échappé à la prison et à l'échafaud qu'à force d'industries et comme par miracle. Entré en 1802 dans la Société des Pères de la Foi, il avait dirigé le collège de Roanne et s'y était révélé éducateur de grande autorité. Sobre de paroles, sa présence suffisait à tenir en respect lajeunesse la plus turbulente. 11 fut un des quatre premiers novices que le Père de Glorivière admit ensemble, le 19 juillet 1814. Il avait déjà la charge de procureur général quand on l'envoya organiser le collège de Forcalquier ; obligé par ses fonctions à d'assez fréquents voyages, il était suppléé pendant ses absences par le Père Jean-Baptiste Gury, qui exerçait en même temps les fonctions de maître des novices. Au bout de deux ans, le Père Boissard, à bout de forces, céda la place au Père Nicolas Jennesseaux, et il mourut pieusement à Dôle le 1*' mars 1819 ^
En cette même année 1816, fut fondée la résidence de Laval. Les Jésuites, sous la conduite du Père Caillât, avaient prêché dans cette ville une Mission qui ne dura pas moins de deux mois. Les débuts avaient été peu encourageants; mais le zèle et la persévérance des missionnaires finirent par remporter un magnifique triomphe^.
1. Le Père Charles Gloriot, qui était venu l'assister à ses derniers moments, écrivait au lendemain de sa mort : « Il n'est guère possible de mourir avec plus de caractères de prédestination. Je ne puis décrire son calme, son union avec Dieu, sa patience, sa charité attentive à tout. Je bénis Dieu de la grâce qu'il m'a ménagée d'être témoin d'une si sainte mort... » Le Père Guidée ajoute : o La vénération dont on était pénétré pour le Père Boissard s'attacha aux moindres objets qui lui avaient appartenu. On les a conservés comme des reliques, et le souvenir de ses vertus a contribué à préparer les voies à l'établissement de la maison de la Compagnie qui fut formée à Dôle en 1828. >» (Vie du Père Joseph Varin, a* édition, 1860, p. 209.)
2. La Mission commença aux Avesnières. Un témoin oculaire raconte comment les choses se passaient. Les gens les moins hostiles se tenaient à distance. On disait : « Que nous veulent ces bonshommes? N'avons-nous pas nos prêtres? »... « Nous y fûmes toutefois conduit et quoique jeune alors, nous nous rappelons qu'un prêtre, le visage
L'ébranlement fut général; le succès eût été complet, écrivait le Père de Clorivière au Père Général, « si on eût pu trouver assez de confesseurs pour répondre à l'empressement et à la multitude des pénitents qui accouraient des paroisses voisines. » (4 juin.) La Mission se termina le 5 mai par la plantation de la Croix, qui fut érigée au milieu d'un concours immense, et en présence de toutes les autorités, sur la place du Palais et au lieu même où la Révolution avait dressé l'échafaud et fait couler tant de sang. La population de Laval avait été profondément remuée par les apôtres que la Providence lui avait envoyés; elle voulut les garder ; au cours même de la Mission des propositions furent faites au Père de Clorivière. On lui oftVait l'ancienne collégiale de Saint-Michel; elle comprenait, outre l'église, quelques maisons qui avaient servi d'habitation aux chanoines. L'église, d'abord transformée en écurie aux mauvais jours de la Révolution, avait ensuite pendant quelque temps été rendue à sa première destination; en dernier lieu, sous l'empire, on y avait logé des prisonniers de guerre ; l'ensemble de la collégiale était enfin devenu la propriété d'un ecclésiastique de Laval, l'abbé René-François Morin, qui s'estimait heureux d'en faire l'abandon à une communauté de missionnaires. C'était, pensait-il, le plus sûr moyen de rendre durable l'heureuse transformation qui venait de s'accomplir. Cette offre généreuse était appuyée par des requêtes et des instances auxquelles il eût été malséant de résister. Le 8 octobre, le Père de Clorivière écrivait au Père Général : « Je m'en reviendrai par Laval, où, à la demande officielle et par écrit de toutes les autorités civiles et ecclésiastiques, j'ai accepté le local proposé pour le séjour des
sillonné d'un coup de sabre (le P. Ghanon) discutait avec un autre ecclésiastique (le P. Chapelle) d'une taille superbe, le visage doux et angélique et placé dans la chaire de l'église, tandis qu'une quinzaine de personnes, les unes debout, les autres disséminées dans les bancs prêtaient une attention silencieuse à leur conférence... Bientôt on accourut ; les Pères se transportèrent à la 'i'rinilé, etc. )i (Notice historique sur Saint- Michel de La\'al, par M. Gh. Maignan. Laval, Feillé-Grandpré, i856.)