CHAPITRE III
missionnaires, lorsqu'ils ne seront pas occupés dans les Missions, soitdans le même diocèse, soit dans les diocèces étrangers. »
Les quatre religieux qui avaient donné la Mission de Laval y étaient déjà installés depuis le 6 mai. C'étaient les PP. Caillât', Rouby, Chapelle et Etienne Chanon^. Deux autres leur furent adjoints peu après; l'un était le Père Antoine Thomas qui y vint en qualité de Supérieur; il resta en charge dix années entières, jusqu'en 1826. Né en 1753, le Père Thomas encore jeune prêtre, avait été reçu docteur en Sorl^onne; sous la Terreur, il fut emprisonné à Arras, comme prêtre rél'ractaire et condamné à mort. Une grave maladie dont il fut atteint fit différer l'exécution et la chute de Robespierre étant survenue dans l'intervalle, il recouvra la liberté. Admis dans la Société des Pères de la Foi en 1803, il fut constamment appliqué au ministère des Missions, jusqu'au jour où elles furent interdites par le malheureux Décret lancé de Schoenbrùnn par l'empereur dans un accès de mauvaise humeur contre le Pape. (26 sept. 1809.) Reçu dans la Compagnie dès le mois d'août 1814, il avait repris le cours de son apostolat. Le Père Thomas était donc un missionnaire éprouvé. Son âge, son expérience, son titre même de Supérieur lui parurent autant de raisons qui l'obligeaient à donner l'exemple. Tout en organisant cette résidence de Laval où tout était à faire, il paya de sa i)ersonne dans une multitude de Missions sur tous les points du pays. A soixante-quinze ans, il paraissait encore en chaire, et
I. Jean-Baptiste Caillât, né à Trévoux le 5 juillet i';65, ordonné prêtre en 1790, émigré et entré dans la Société du Sacré-Cœur en 1792, remplit diverses fonctions dans les collèges des Pères de la Foi, à l'Argentière et à Amiens, fut admis au noviciat par le Père de Glorivière le 5 janvier i8i5, et pendant vingt ans iiarcourut la France, prêchant des retraites et des missions. II mourut à Aix-en-Provence le 18 février i853, âgé de 88 ans.
a. Etienne Chanon, né à Yssingeaux (Haute- Loire), le i4 février 1779, entré dans la Compagnie le 8 novembre 181/4, mourut à Laval le 8 septembre 1826. Enterré dans la chapelle de la Miséricorde ; il avait contribué très activement à la création de cette œuvre.
passait au confessionnal d'interminables séances que son zèle l'empêcha de trouver jamais trop longues. Il mourut à Laval le 23 mars 1833, âgé de quatre-vingts ans.
L'œuvre des Missions était de première importance au début du dix-neuvième siècle pour la rénovation religieuse du pays. La vie chrétienne y avait été presque complètement abolie par l'orgie révolutionnaire. C'est par les Missions que l'étincelle de la foi fut d'abord rallumée et la pratique de la religion ramenée dans les habitudes populaires. Les Missions commencèrent du jour où la paix fut rendue à l'Eglise par le Concordat. Les Pères de la Foi furent au nombre de ces ouvriers de la première heure. « Dans le Nord, Amiens, Beauvais, Abbeville, Saint-Valéry-sur-Somme, toute la Picardie ; dans le Midi Lyon, Grenoble, Belley, Roanne ; dans l'ouest, Tours, Poitiers, Bordeaux se pressaient au pied des chaires où les PP. Varin, Thomas, Lambert, Gloriot, Barat, Desmare et Enfantin annonçaient simplement, fortement, et fructueusement l'approche du royaume de Dieu'. »
En Bretagne, les prêtres réunis par le Père de Clorivière dans l'Association du Sacré-Cœur, à Bordeaux l'abbé Rauzan, d'autres encore sur divers points du territoire s'essayaient au môme apostolat. La Société des missionnaires de Saint-Irénée à Lyon fait remonter ses origines à la même époque. Vers 1806, le cardinal Fesch, rêvant d'établir l'œuvre sur de vastes proportions, attirait auprès de lui l'abbé Rauzan et le chargeait de l'exécution de ses desseins. Le célèbre prédicateur ne tarda pas à grouper un petit noyau d'ouvriers apostoliques, parmi lesquels se trouvait l'abbé Guyon dont la parole devait avoir un si grand retentissement. Le gouvernement impérial se montra d'abord favorable jusqu'à fournir des subsides pour certaines Missions. Déjà un Décret du 7 Germinal an XIII avait mis sous la direction du cardinal Grand- Aumônier les établissements voués à l'apostolat à l'étran-
I. Baunard, Histoire de Madame Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus, a vol. 8% t. l", p. i36. Paris, Poussielgue, 1876.