CHAPITRE III
ger. Un autre Décret fut préparé pour autoriser spécialement « la formation d'une association d'ecclésiastiques nationaux consacrés aux Missions dans l'intérieur*. » Malheureusement il ne fut pas donné suite à ce Décret, et bientôt l'oukase de Schoenbriinn mit à néant toutes les espérances que de si bonnes dispositions avaient fait concevoir^,
La Société des Missions de France^ ébauchée sous l'empire, ne devait prendre corps que sous la Restauration. Approuvée en janvier 1815 par l'autorité ecclésiastique et reconnue par ordonnance royale, elle exerça dès lors un apostolat fécond et qui ne fut pas sans gloire^. Mais, à vrai dire, avant cette date, seuls les Pères de la Foi avaient constitué un organisme pour l'œuvre des Missions à l'intérieur. Leur dispersion en 1807 les obligea à y renoncer pour un temps; mais devenus membres de la Compagnie de Jésus, ils se retrouvèrent prêts à reprendre ensemble la tâche qu'ils n'avaient abandonnée qu'avec un déchirement de cœur. Ils y apportaient avec leur expérience une ardeur toute juvénile que l'immensité du
1. Ce Décret resté à l'état de projet dans les archives du Conseil d'État affectait à l'établissement de la Société la maison des Bleues- Célestes à Paris et nommait supérieur M. Rauzan, chanoine à Bordeaux. (Vie de M. llauzan, par le Père Delaporte. 8", l.ecoffre, 185^. P. 55.)
2. Voici le texte du Décret signé à Schoenbriinn, le 2G septembre 1809:
Jrticle Premier. — Les missions à l'intérieur sont défendues, et en conséquence: Nous révoquons tous décrets concernant lesdites missions et notamnieut celui du deuxième jour complémentaire an XIII, qui conûrme les trois associations d'ecclésiastiques établies à Gênes sous le nom de Missionnaires urbains, à'Om'riers évangéliques et de Missionnaires de la Campagne.
Article II. — Nous révoquons aussi tous décrets par Nous précédemment rendus, portant établissement ou confirmation de prêtres pour les missions étrangères et notamment celui du ■; prairial an XII qui, sous le nom de Prêtres des Missions étrangères, seraient chargés des missions hors de France, et du 2 germinal an XIII portant établissement des missions connues sous le nom de Missions étrangères.
3. Dans une lettre du 19 novembre i8ai, le Père Richardot, S. J., Provincial de France, reconnaît que « pour les Missions, la Société du Père Rauzan a la première place, pour le nombre, le talent des operarii... Ils vont dans les grandes villes ; actuellement ils sont à Paris... »
travail et les obstacles de toutes sortes ne faisaient qu'animer davantage. Les hommes que le Père de Clorivière avait désignés pour Tœuvre des Missions « étaient dévorés de zèle », suivant une expression du Père de Grivel*. Ce témoignage d'un frère et d'un ami pourrait paraître suspect, s'il n'était l'écho de celui que leur rendit la voix publique dans toutes les régions qu'ils évangélisèrent. Du reste on ne saurait expliquer autrement les merveilleux succès de leur apostolat. Ce n'étaient point des hommes de talents extraordinaires; bien rares sont ceux qui ont laissé une réputation d'orateur de grande marque; alors même qu'ils en eussent été capables, le temps leur manquail pour préparer des pièces d'éloquence; à cette époque où tout était à faire, l'action absorbait l'ouvrier évangélique, ne lui laissant pour l'étude et la composition que de très insulFisants loisirs. La vivacité de la foi, la chaleur de cœur, l'amour des âmes, un dévouement sans mesure faisaient toute la force des missionnaires et donnaient à leur parole une puissance de conviction à laquelle on ne résistait pas.
A peine avaient-ils planté leur tente à Laval, les missionnaires se transportèrent successivement à Mayenne, à Saint-Brieuc, à Bourges, à Nevers, à Vannes, au Mans, etc. La Mission durait de quatre à huit semaines et partout avec d'incroyables fruits de salut; les bulletins de ces campagnes apostoliques sont à cet égard d'une édifiante monotonie. On peut citer comme spécimen celui de la Mission donnée l'année suivante dans les deux villes jumelles de Saint-Malo et de Saint-Servan : « Jamais, écrivait le Père Gloriot, nous n'avons été pressés par les occupations comme nous l'avons été dans ces deux villes. Nous étions
1. Au P. Général, 3i octobre 1816. El quelques mois plus tard : « Les missionnaires se tuent à la besogne...; point de rt'pit, pas de piéparation... Voilà dix-huit mois qu'ils sont en continuelle activité; ils seront bien vite usés. GeiJendant le Père de Clorivière promet toujours, il est vrai que les Missions ont bien réussi... » 10 février iSi'j.