I . Lettre au P. de Glorhière
et demeuraient au sein des populations comme un ferment de piété et de vertus chrétiennes. « Les pieux établissements que ces Messieurs ont formés ici, écrivait le curé de Saint-Servan, rivalisent de ferveur et nous donnent pour l'avenir les plus consolantes espérances. »
Par l'abondance des fruits à recueillir aussi bien que par l'attrait des fatigues qu'il imposait, le ministère des Missions était bien fait pour séduire les âmes éprises de la sainte passion de l'apostolat. « Si l'on pouvait donner mille Missions en France, écrivait le Père de Grivel, la France serait convertie. » Pour sa part, la Compagnie de Jésus, au lendemain de sa résurrection, consacra à cette véritable entreprise de salut public toute la somme de dévouement et d'activité dont elle disposait, vu le petit nombre de ses ouvriers. La maison de Laval, commencée avec six missionnaires, en comptait onze dès la troisième année de son existence. Mais ils n'étaient pas les seuls Jésuites employés dans ce ministère. La résidence de Paris et le noviciat de Montrouge leur envoyaient du renfort. Ceux mêmes qui travaillaient dans les petits-séminaires consacraient parfois aux Missions dans le voisinage les rares loisirs que leur laissaient leurs fonctions.
Pour n'en citer qu'un exemple, le Père Sellier, à Saint- Acheul, trouvait le moyen de mener de front le service spirituel des trois ou quatre cents élèves du pensionnat avec des Missions ininterrompues dans le diocèse d'Amiens. Voici ce qu'écrivait à son sujet le premier Provincial des Jésuites de France, le Père Richardot, qui l'avait vu à l'œuvre :
« Après avoir confessé la jeunesse de Saint-Acheul, il part le dimanche soir pour quelque village des environs, y établit à lui seul une Mission de trois semaines, prêche deux et trois fois le jour, passe le reste du temps au confessionnal, et quand l'ébranlement est donné, vous voyez arriver à point nommé quatre, cinq et six ecclésiastiques qui lui sont dévoués parce qu'il les a formés et qu'il les dirige et qu'un mot de sa main suffît pour