‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 88 sur 358 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

les mettre en mouvement. Ils quittent leurs paroisses pour une ou deux semaines et plus, se font remplacer le dimanche et récoltent ainsi la moisson que leur a préparée le Père Sellier, qui ne manque pas de venir à Saint-Acheul le jeudi soir ou le vendredi matin confesser tous ses jeunes gens, tandis que les ecclésiastiques continuent la besogne, et le dimanche soir il repart pour sa Mission. C'est l'apôtre de la Picardie; il suffît d'annoncer que le Père Sellier prêche dans un village pour qu'on y accoure des environs. Quand il y a presse, il tient le confessionnal jusqu'à onze heures et demie du soir, temps du souper ou du dîner, et il se remet encore à l'ouvrage après minuit pour se lever à quatre heures et même avant. C'est ce dont j'ai été témoin très souvent, quand je travaillais sous lui comme missionnaire. Lorsqu'on lui dit qu'il se tue, il répond en riant qu'il fait tout ce qu'il peut pour se tuer et qu'il ne peut en venir à bout. Et en effet, quand il revient d'une ^Mission au collège, après tous ces tours de force, il est tout rayonnant de santé et se porte mieux que s'il était resté au collège *. »

Nous aurons à revenir sur ce ministère des Missions à l'intérieur qui fut, avec l'enseignement dans les petitsséminaires, le principal emploi des Jésuites de France à l'époque de la Restauration. C'est assurément celui qui leur valut le plus de sympathies de la part du clergé. « Les services rendus dans les Missions et retraites, écrivait le Père Druilhet en 1827, nous ont gagné le cœur des évêques. Sur quatre-vingts, je ne pense pas ({u'il y en ait quatre qui ne soient de cœur pour la Société^. »

Ainsi, dès avant la fin de 1816, les Jésuites français, à peine admis au noviciat, étaient chargés de cinq petitsséminaires et d'une résidence spécialement vouée au

1. Lettre du P. Richardot au P. Rozaven à Rome, ■j août 1821.

Page 1