I. Histoire de Mme Barat, t. !«'', p. i33 et suiv
angoisses. Son frère lui-même, avec sa rude et austère vertu, quelque peu imprégnée de rigueur janséniste, contribuait à la pousser dans une voie où l'on rencontre plutôt la tristesse et le découragement. Le Père Varin était d'une autre école et il ne cessait d'inculquer à la fondatrice une spiritualité toute différente : « Soyez donc gaie et heureuse, ma bonne sœur, lui écrivait-il. Je ne sais pas ce que votre et notre cher frère Barat aura pu vous mander qui ait été capable de porter dans votre âme le trouble et l'inquiétude. Mais je raye et j'efface entièrement toutes les lignes et jusqu'au moindre mot qui n'aurait pas été une expression de joie, de félicitations et d'encouragement. »
Lors de la dispersion des Pères de la Foi en 1807, le Père Varin dut, en vertu de l'oukase impérial, rentrer dans son diocèse d'origine. Il avait refusé les offres flatteuses de Fouché; il n'accepta pas davantage les propositions de l'archevêque de Besançon, l'ancien constitutionnel Le Coz. Sa santé absolument délabrée ne lui permettait plus les fatigues du ministère sacerdotal. Il se retira donc à peu de distance de la ville, chez sa sœur, au château de Chevroz dont elle portait le nom. C'est là qu'il vécut, dans une retraite profonde, de 1808 à 1814. Jusqu'alors absorbé par les affaires de la Société des Pères de la Foi dont il était le Supérieur et par les travaux d'un apostolat très actif, le Père Varin n avait pu s'occuper du Sacré-Cœur que de façon très intermittente. Il donnait libéralement, par correspondance surtout, la direction, les conseils et les encouragements. Maison attendait autre chose. La Société se développait avec une rapidité qui n'était elle-même pas sans danger. Dès 1807, un Décret signé par Napoléon, le 10 mars, au camp d'Ostende, autorisait l'Institut pour tout l'empire. Les fondations se multipliaient. 11 y avait des maisons du Sacré-Cœur à Amiens, à Grenoble, à Poitiers, à Niort, en Belgique.
Cependant on était encore dans la période des tâtonnements ; la Société naissante subissait tour à tour des