CHAPITRE III
influences très diverses; elle était loin d'avoir sa forme définitive. C'est la loi de toutes les œuvres de ce genre ; aucune n'a jailli toute faite de la pensée d'un fondateur; sa physionomie caractéristique se dégage et se précise peu à peu. Élue Supérieure Générale, le 18 janvier 1806, la Mère Barat se vit en butte à d'incessantes contradictions qui mettaient en péril l'unité et l'existence même de la Société. 11 devenait urgent de lui donner des règles et des constitutions; la stabilité et la paix de l'ordre en dépendaient. C'est le travail que le Père Yarin entreprit dans sa solitude de Chevroz. A l'exemple de saint Ignace, il soumit chaque point à une longue étude dont la méditation et la prière faisaient les principaux frais. Sur la fin de 1813, Madame Barat vint elle-même passer quelques semaines au château de Chevroz. « Chaque matin, raconte un témoin oculaire, je servais la messe au Père Varin, et Madame Barat y communiait. Pendant le jour cette sainte femme faisait de longues séances à l'église. Le soir, vers les huit heures, qui était l'heure du souper, la famille réunie l'attendait vainement pour se mettre à table ; elle était encore à l'église. On m'envoyait la chercher avec une lanterne et ce n'était pas sans peine que je la découvrais dans l'ombre, blottie derrière un grand banc, anéantie en la sainte présence de Dieu. Il me fallait l'appeler plusieurs fois. — « Je vous suis, mon enfanta, répondait-elle à la fin. — Elle se levait, sortait; je marchais devant elle en tenant ma lanterne, et c'était ainsi qu'elle rentrait au château. »
Le même témoin ajoute : « Chaque jour, peu après la messe, j'apercevais le Père Varin se promenant avec la Mère fondatrice, d'un air très recueilli, dans les allées de tilleuls et de châtaigniers qui environnent le château de Chevroz. Je remarquais le Père qui, tenant à la main un carnet et un crayon, marchait lentement, faisant de longues pauses au même endroit, écrivant, effaçant*... »