I. Lettre du P. Ferdinand Jeantier, S. J., op. cit., p
Il était temps ; le Sacré-Cœur traversait une crise terrible qui allait s'aggravant chaque jour.
Deux ans auparavant, un prêtre d'Amiens, Tabbé de Sambucy, plus connu sous le nom d'abbé de Saint-Estève, pour le distinguer de son frère, avait profité de sa situation de Supérieur ecclésiastique de la maison-mère pour s'y arroger une autorité de plus en plus envahissante. Esprit inquiet et intrigant, il en vint à vouloir faire de l'Institut sa chose personnelle. Tenant pour non avenu tout ce qui avait été fait avant lui, écartant toute autre influence, y compris celle de la fondatrice, il se posa luimême en réformateur et en législateur. Il rédigea des statuts empruntés à des sources diverses et d'inspirations très disparates. De l'esprit primitif du Sacré-Cœur rien ne subsistait ; le nom même avait disparu. L'ascendant qu'il avait conquis sur un certain nombre de religieuses lui assurait d'avance leur adhésion ; enlevé d'Amiens en 1812 parla police impériale et interné à Paris, la persécution ajoutait encore à son prestige.
La Supérieure Générale avait le sentiment très vif qu'il était de son devoir de s'opposer au bouleversement de la Société ; elle le fit avec humilité et une prudence toute surnaturelle, mais aussi une énergique persévérance. C'est dans ce but qu'elle était allée conférer à Chevroz avec le Père Varin. Elle en revenait plus résolue que jamais à ne pas sacrifier ce qui lui était apparu dèsl'origine comme le caractère propre etla raison d'être de son Institut. Son objet serait le culte du Sacré-Cœur; à cette source devait être puisé son esprit, le principe de sa vie intérieure ; quant à sa vie extérieure, elle serait déterminée par les règles et constitutions de saint Ignace, adaptées aux besoins d'une Congrégation de femmes. C'est ainsi que l'entendaient la plupart de celles qui étaient entrées jusque-là dans la Société ; elles y avaient été attirées par cet idéal et il ne leur paraissait pas possible d'y renoncer.
Mais voici que la crise entrait dans une phase aiguë. L'abbé de Saint-Estève était nommé par le gouvernement de la