‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 95 sur 358 · I. Histoire de Mme Barat, t. T', p · texte numérisé non relu

I. Histoire de Mme Barat, t. T', p

prêtre qui dirigeait la Société depuis dix ans, en devenait le Supérieur unique. Ni Madame Barat, ni ses complices (c'était le terme même de la lettre) ne pouvaient se soustraire à cette juridiction sans encourir l'excommunication fulminée par le Concile de Trente. La seule maison autorisée était le couvent de Saint-Denis, à Rome, dont relevaient désormais toutes les maisons de France. 11 n'y avait pour elles qu'à donner leur adhésion ; car, au cas contraire, le Pape les supprimerait pour éviter le scandale... »

Cette pièce, dit l'historien de Madame Barat, était un arrêt de mort. Les amis et conseillers du Sacré-Cœur furent d'avis qu'il fallait se soumettre. Le Père Varin écrivit dans ce sens à la fondatrice : «... Vous devez retourner à Amiens et déclarer à vos filles que vous ne mettez pas d'opposition à leur adhésion à l'Institut de M. de Saint-Estève. » Tout héroïque qu'il fût, le sacrifice allait se consommer simplement et sans récriminations.

Cependant la lumière se faisait d'elle-même et l'on apprenait que cette lettre, cause de tant de tortures morales, signée d'un nom italien quelconque, était l'œuvre du secrétaire d'ambassade lui-même ; son contenu n'était d'ailleurs qu'un tissu de faussetés. Son manège découvert, l'abbé de Saint-Estève dut revenir en France ; son rôle au Sacré- Cœur était fini. Pareille aventure paraîtrait incroyable si on ne savait à quel point l'esprit d'intrigue et d'ambition peut obscurcir le sens moral, et comment un homme acharné à la poursuite de ses desseins en vient à se suggestionner lui-même jusqu'à prendre ses désirs pour des réalités '.

L'œuvre entrevue et annoncée par le Père de Tournély

I . Cette étrange aventure de l'abbé de Saint-Estève est racontée avec beaucoup de détails et aussi avec beaucoup de modération par le grave historien de Madame Barat (t. I", p. 262-280). La communauté fondée à Rome pour supplanter le Sacré-Cœur se soutint pendant quelques années encore. Elle s'intitulait Couvent royal de Saint-Denys. En 1829, Chateaubriand, alors ambassadeur près du Saint-Siège, assista à une fête qui y fut donnée en son honneur. Il la raconte avec amples détails dans les Mémoires d'Outre-Tombe, t. V.

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