‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 99 sur 358 · Baunard, op. cit., p. k'2-k · texte numérisé non relu

Baunard, op. cit., p. k'2-k

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ne l'avait fait jusque-là. Et comme il lui exposait sa pensée, l'infirme répondait ingénument : « Mais, mon Père, comment cela se pourrait-il faire ? »

Cependant, sur les instances de son saint directeur, elle groupait quelques personnes pieuses attirées à elle par le charme secret de sa vertu. Le Père Varin leur donna une règle à l'essai, et le 2 février 1804, les premiers membres de la petite Société s'engageaient en présence du Saint-Sacrement à se dévouer à l'éducation de la jeunesse.

Là ne se borna pas la sollicitude du Père Varin. 11 ne cessa d'aider et de soutenir par ses conseils l'humble fondatrice; c'est grâce à lui qu'elle put maintenir son Institut en un moment de crise où des influences étrangères menaçaient de le faire dévier. C'était ce même abbé de Sambucy, dont le génie remuant devait plus tard mettre en péril le Sacré-Cœur, qui entendait user de son autorité, pour refondre d'après ses vues personnelles, l'œuvre de la Mère Julie Billiart. Ce fut encore sur l'initiative du Père Varin que la Mère Julie établit des maisons en Belgique, où elle se retira définitivement à la suite des contradictions qu'on lui suscitait à Amiens. Son Institut ne devait pas tarder à y prendre un magnifique développement.

Le Père Varin n'eut pas une moindre part dans la fondation des Sœurs de la Sainte-Famille. Dans les premières années du siècle, une pieuse veuve, Madame Jacoulet dirigeait à Besançon, un modeste pensionnat. Le curé de Notre-Dame, l'abbé Bacoffe, ancien Jésuite, lui persuada de la transformer en une école normale où l'on formerait des institutrices chrétiennes pour les campagnes. La vénérable directrice se donna tout entière à une œuvre si utile. Le Père Varin s'y intéressa dès la première heure ; il s'employa à lui procurer des secours ; la maison où elle fut installée tout d'abord était sa propriété particulière. Néanmoins il ne songeait pas à l'organiser en communauté religieuse. Mais l'abbé Bacoffe étant mort en 1813, le Père Varin qui l'avait secondé jusque-là dans la direction

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spirituelle de la Sainte-Famille en eut seul dès lors toute la charge. Sans plus tarder, il donna suite au projet qu'il avait miiri pendant des années, élargit le plan de l'abbé Bacofle, et d'accord avec Madame Jacoulet, rédigea une règle appropriée au but que se proposait la Sainte- Famille. Aussi la Congrégation l'a-t-elle toujours considéré comme son véritable Père. Elle se propagea d'abord dans le diocèse de Besançon ; puis, en 1817, elle fut établie à Amiens dans la maison qu'avait occupée peu auparavant la Mère Julie Billiart; il fallut plus tard l'échanger contre une installation plus vaste rendue nécessaire par le progrès de la Société.

Les trois Congrégations religieuses qui doivent au Père Yarin leur origine ou leur organisation formaient dans sa pensée un ensemble complet. L'éducation lui apparaissait comme l'instrument par excellence de régénération chrétienne. Les Dames du Sacré-Cœur s'adresseraient aux classes les plus élevées, les Sœurs de Notre-Dame aux classes moyennes, dans les centres de quelque importance, la Sainte-Famille se répandrait dans les villages et élèverait les enfants du peuple. Le saint religieux avait sans doute pour toutes ses filles des entrailles de Père ; il semble toutefois qu'il ait réservé une certaine prédilection pour celles dont le lot était plus humble. A la mort de Madame Jacoulet, en janvier 1836, il écrivait à la Supérieure de la maison-mère d'Amiens : « Soyez mon interprète auprès de votre famille et souvenez-vous qu'il n'est personne qui vous soit, ainsi qu'à elle, plus parfaitement attaché et dévoué en Notre-Seigneur que celui qui, depuis trente-six ans, a donné son cœur à la Sainte-Famille lorsqu'elle était encore au berceau. »

Le Père Varin avait manifestement reçu un don spécial pour découvrir leur vocation à de futures fondatrices d'instituts relio:ieux. Pendant les Cent-Jours il avait trouvé asile dans un château à peu de distance de Bourges, appartenant à Madame de Bonnault d'Houet. Les circonstances de son arrivée et de son séjour en cette demeure

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apparaissent clans le récit qu'en fit plus tard la pieuse veuve, avec un caractère providentiel qui touche au merveilleux^ Dans ses entretiens avec Madame d'Houet, le Père Varin parlait de Dieu et des choses de Dieu avec l'ardeur de son âme d'apôtre et de soldat. « 11 s'étonnait, raconte-t-elle, de ne me voir aucun goût pour la vie religieuse. » Mais l'œuvre de la grâce s'accomplissait à son insu. Quand le Père Varin s'éloigna, la lumière s'était faite, et cette âme généreuse ne devait pas hésiter à suivre l'appel de Dieu. Dès 1820, Madame d'Houet fondait à Amiens la Société des Fidèles Compagnes de Jésus, dont la règle empruntée à celle de saint Ignace fut approuvée successivement par Léon XII en 1826 et par Grégoire XVI en 1837. A dire vrai, la vénérable fondatrice, après avoir reçu du Père Varin l'impulsion première, se trouva plutôt en désaccord avec lui dans l'établissement de cette Société, qui lui semblait faire double emploi avec celle du Sacré- Gœur^.

Les premières années du siècle virent se reconstituer une multitude de communautés religieuses saccagées et dispersées aux quatre vents du ciel par la tempête révolutionnaire. Toutes ces restaurations eurent pour base la pauvreté évangélique qui allait d'ordinaire jusqu'au plus extrême dénûment. La Congrégation de Notre-Dame, de saint Pierre Fourier, en offre un exemple remarquable entre tous . Nous la mentionnons ici parce que le Père Varin et plusieurs de ses confrères furent mêlés très activement aux débuts de ce Monastère des Oiseaux, disparu aujourd'hui sous la pioche des démolisseurs, mais qui a sa place dans l'histoire de l'éducation chrétienne au dix-neuvième siècle.

1. Cf. Vie du P. Joseph Varin, par le P. A. Guidée. 2<' édition, p. ai 2.

2. Cf. Vie de Madame de Ronnault d'Houet, fondatrice et première supérieure de la Congrégation des « Fidèles Compagnes de Jésus », par l'abbé Martin. Nouvelle édition, Paris, Tolra et Haton, i863. Son nom de famille était Marie-Madeleine- Victoire deBengy; elle mourut à Paris le 5 avril i858; elle était g-rand'tante du P. Anatole de Ben^-y, S. J., otage de la Commune, massacré le 26 mai 1871,

La future fondatrice du célèbre pensionnat, la Mère Marie-Euplirasie Biiiart avait été formée à la vie religieuse par le Père Thomas, qui lui avait fait faire la grande retraite d'un mois selon la méthode des Exercices spirituels de saint Ignace; c'était en 1788, et elle n'avait guère alors que quatorze ans. Sous la direction mâle et austère du Père Thomas elle acquit une force d'âme que rien ne devait plus étonner. Son œuvre, éijauchée dès 1799, grandit pendant vingt ans au milieu de difficultés, de travaux et de souffrances presque- incroyables. Après avoir plusieurs fois changé d'installation, elle se trouvait de nouveau à l'étroit, en 1818, dansle local qu'elle occupait sur la paroisse de Saint-Nicolas du Ghardonnet. On proposa à la Mère Marie-Euphrasie l'hôtel des Oiseaux^ qui avait été pendant la Terreur la prison du Bomiet-Roiige. Après mûr examen, les inconvénients de cette acquisition l'emportaient sur les avantages; la Mère Euphrasie se décida à porter une réponse négative. « Elle était déjà en route, raconte l'historien du Monastère des Oiseaux^\o\"&i\\idi\x bout de la rue des Bernardines, elle rencontra le Père Ronsin qui lui était envoyé par le Père Varin, avec commission de l'encourager à conclure l'affaire en se jetant hardiment dans les bras de la Providence. Elle suivit un conseil qui lui arrivait si juste à propos et comme une réponse directe de cette divine Providence. Elle n'eut jamais à le regretter'. »

Le Père Varin était alors Supérieur de la maison des Jésuites de Paris; on voit quelle confiance les religieuses de Notre-Dame avaient en ses lumières. 11 ne cessait d'ailleurs de leur donner des témoignages de son dévouement; autant en faut-il dire des PP. Ronsin et Druilhet. On y répondait par une sincère et constante gratitude. Ainsi s'établirent entre les deux familles de saint Ignace et de saint Pierre Fourier, rappelées à la vie l'une et l'autre presque en même temps, les rapports de la plus religieuse et fidèle charité.

I. Le Monastère des Oiseaux, par le P. Victor Delaporle, S. J. Retaux, éditeur, Paris, 1899. In-8*.

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