‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 105 sur 362 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

leurs maisons. Pendant les journées de juin, celle de la rue des Postes se trouva prise entre deux barricades ; il y eut dans le quartier des rencontres sanglantes; par un hasard heureux, la demeure des Jésuites ne futpas envahie. La rue de Sèvres, non atteinte par l'insurrection, put envoyer plusieurs Pères à l'aide des aumôniers qui ne suffisaient pas à donner aux blessés les secours de la religion. Plus de trois cents y furent apportés frappés à mort, et tous, hormis un seul, expirèrent confessés et absous.

Quelques jours plus tard s'éteignait Chateaubriand au milieu des deuils de la patrie. Auditeur assidu des conférences de Notre-Dame, il avait été ramené à la pratique religieuse par le Père de Ravignan, avec lequel il entretenait des rapports affectueux. A ses derniers moments, l'illustre écrivain eut avec le Jésuite un suprême entretien dont la conclusion fut le billet suivant qu'il dicta à son neveu : « Je déclare devant Dieu rétracter tout ce qu'il peut y avoir dans mes écrits, parus ou à paraître, de contraire à la foi, aux mœurs et généralement aux principes conservateurs du bien. Paris, le 3 juillet 18^8. »

La mort de Mgr Affre mettait fin pour les Jésuites de Paris à une situation équivoque et pénible qui durait depuis des années. Son successeur, Mgr Sibour, nommé dès le mois d'août, apportait à l'archevêché un libéralisme dont les religieux eux-mêmes devaient bénéficier. Le Supérieur de la rue de Sèvres reçut dès l'abord les pouvoirs de vicaire général à l'égard de tous les membres de la Compagnie vivant dans le diocèse ou qui y seraient appelés momentanément. Ce ne fut pas le seul témoignage de bienveillance et d'estime du nouvel archevêque pour les Jésuites. L'année suivante, il choisissait le Père de Ravignan pour son théologien au concile de la Province de Paris. Le Père Rubillon y figura au même titre pour l'évêque de Blois. On était donc à la paix dans la capitale lorsque le Père Roothaan y vint à deux reprises au mois d'octobre 1848. Là, comme partout, ce fut une fête de famille, simple et intime : « Dans son rapide passage, dit

le Père de Ponlevoy, le R. P. Général exhorta ses fils tous ensemble, les appela chacun en particulier, enfin il les bénit au départ '. » Ce programme fut celui de toutes les visites déjà faites ou qui restaient à faire.

La tranquillité dont Paris jouissait alors n'était d'ailleurs qu'une éclaircie entre deux orages. L'été de 1848 avait vu l'insurrection de juin ; le printemps de 1849 allait voir le retour du choléra. En l'espace de trois mois on comptait vingt mille victimes, principalement dans les faubourgs et la banlieue. A la première apparition du fléau, les Jésuites s'étaient offerts à l'autorité ecclésiastique pour assister les malades dans les hôpitaux : « C'est à l'hospice de la Salpêtrière, lisons-nous dans VEre nouvelle^ que le choléra continue d'exercer ses plus grands ravages. Nous n'étonnerons personne en disant que la religion est là comme partout à son poste, pour prodiguer les secours de la charité aux maux du corps et de l'âme. Le Père de Ravignan et quatre de ses pieux coopérateurs se sont établis dans ce foyer d'épidémie et s'y montrent admirables de zèle et de dévouement. Ils joignent ainsi bien éloquemment la prédication de l'exemple à celle de la parole-. «Trois autres Pères de la rue des Postes rendirent le même service pendant six semaines à l'hospice de la Pitié. Quelques personnages clairvoyants découvrirent dans ce zèle un calcul ambitieux. Les Jésuites voulaient sans doute accaparer la Salpêtrière ; l'administration civile s'émut du danger. Pour calmer les appréhensions, le Père de Ravignan et plusieurs de ses compagnons durent s'abstenir d'y reparaître; un seul, le Père Dabbadie, d'abord à la Salpêtrière, puis à Saint-Louis, put continuer à se dévouer au chevet des cholériques. Le pouvoir spirituel heureusement ne se montra pas aussi susceptible. « A l'archevêché, écrivait le Père de Ravignan, on a paru content de

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