‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 106 sur 362 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

notre empressement à secourir les aumôniers des hôpitaux. »

Entre ses deux séjours à Paris, le Père Roothaan poussa une pointe jusqu'à Saint-Acheul. Cette maison fameuse, qui avait rempli le monde du bruit de son nom et à qui sa célébrité avait valu tant de tracasseries, semblait enfin avoir trouvé la paix. La dispersion de 1845 n'avait pas été de longue durée. La communauté avait repris peu à peu son existence normale; elle comptait au début de 1848 bien près de soixante personnes; les novices, dont le nombre dépassait quarante, ne craignaient plus de paraître au dehors; on les voyait même exercer leurs ministères de charité aux hôpitaux et aux prisons d'Amiens. La Révolution de Février s'accomplit sans que personne songeât à molester les Jésuites. Décidément 1830 était bien loin. Encore deux ans et le Saint-Acheul d'autrefois allait revivre dans le collège de la Providence.

Le mois de novembre fut consacré à la visite des maisons de l'Ouest. Tout d'abord Saint-Michel de Laval, avec ses trente-deux ans d'âge, l'aînée des résidences françaises. Elle avait singulièrement grandi depuis 1840, si bien que, avec missionnaires, théologiens et novices elle comptait, lors de la tempête de 1845, bien près de quatre-vingts personnes. Réduite à cette date parle départ du noviciat, elle était remontée rapidement au chiffre antérieur, et au moment où le Père Général y arrivait, l'affluence des expulsés, pour la plupart étudiants en Théologie, allait former un total de cent huit religieux appartenant à cinq ou six nationalités, et réalisant dans la diversité des langues l'unité d'esprit et de cœur.

Pas plus qu'à Saint-Acheul la paix ne fut troublée à Saint-Michel par la Révolution de Février. A Laval comme ailleurs les Jésuites avaient des ennemis qui ne pouvaient laisser échapper une occasion aussi favorable. Le commissaire du Gouvernement, M. Boigot, était à peine

installé à la préfecture qu'une députation se présentait, lui demandant de débarrasser la ville des séides de Loyola, ces adversaires irréconciliables de la liberté. Aux autres arguments on ajoutait l'exemple de Lyon et d'Avignon. A toutes les instances M. Boigot répondit qu'il n'était pas venu pour saccager les couvents et que jamais il ne consentirait à souiller d'une telle infamie son nom et celui de sa famille. Les Jésuites de Saint-Michel ne furent point inquiétés ; il faut dire que la fervente communauté mettait sa confiance plus haut que dans la faveur des commissaires de la République. Cette année même venait de mourir le vénérable Père Robert Debrosse, l'un des premiers compagnons du Père de Clorivière. (18 Février 1848.) Sa tendre dévotion pour saint Joseph avait doté le pays d'un sanctuaire bien vite devenu célèbre. Presque octogénaire, le Père Debrosse faisait encore une lieue de chemin pour aller dire la messe à Saint-Joseph des Champs. C'est là, au pied de l'autel, que repose sa dépouille mortelle. Mais dès lors l'habitude était prise à Saint-Michel d'un pèlerinage quotidien ; chaque jour un ou plusieurs membres de la communauté allait la représenter aux pieds du saint patriarche qu'elle appelait son « pourvoyeur », titre que justifient des faits innombrables consignés dans les Lettres annuelles du scolasticat de Laval. Citons entre autres la délicate attention inspirée vers cette époque à un généreux bienfaiteur qui avait déjà donné un de ses fils à la Compagnie. Voyant les théologiens très mal installés dans une maison de campagne étroite et pauvre louée pour leurs vacances, M. Le Lasseux offrit pour cet usage son beau domaine de Langlottière, dans une solitude idéale, à six kilomètres de La Flèche. Il estimait, disaitil, comme un honneur et une bénédiction, de recevoir sous son toit cette jeunesse studieuse. Le scolasticat s'y transporta en efFet tout entier, une première fois en 1846, et depuis lors, il y revint tous les ans passer les quinze jours de détente que la règle accorde aux étudiants de la Compagnie.

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