‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 108 sur 362 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tombeau se recommander à l'intercession du « saint Père Leleu^ ».

Les Jésuites de Quimper venaient précisément de découvrir les précieux restes d'un ancien missionnaire de la Compagnie pour lequel la piété bretonne réclame les honneurs des autels. Le Père Julien Maunoir était mort en 1683 dans la paroisse de Plévin qu'il évangélisait. Son corps y fut inhumé dans l'église, et son cœur, transporté à Quimper, y fut déposé dans la chapelle du collège des Jésuites. Ces faits étaient connus, mais la Révolution avait passé par là, ne respectant pas plus les sépultures que les autels. On pouvait donc avoir des doutes. C'est pourquoi, avec l'autorisation de l'évêque et celle du proviseur, l'ancien collège étant passé sous l'administration universitaire, les Pères firent exécuter des fouilles qui furent couronnées de succès. Après avoir été authentiquement reconnus, les restes du serviteur de Dieu furent rétablis dans le lieu qu'ils occupaient avec les inscriptions que l'on l'on y voit encore aujourd'hui"^.

Rentré à Marseille dans les premiers jours de décembre 1848, le Père Roothaan en repartit au mois de juin 1849. Il se dirigea d'abord vers l'Alsace; il célébra la fête des apôtres Pierre et Paul au noviciat d'Issenheim. Ce jour-là en effet il écrivait de cette maison au chanoine Perrin, que nous avons rencontré déjà en 1830, à Fribourg, secrétaire

I. « Une souscription publique fit les frais du monument où le Père Leleu est représenté à genoux, dans l'attitude où il avait voulu mourir, les mains croisées sur sa poitrine et prosterné devant la croix qui avait été son drapeau. Mgr de la Molte-Vauvert pleura longtemps son conseiller et son ami; lorsqu'il mourut à son tour, c'est aux pieds de l'humble religieux, et comme à l'ombre de sa mémoire, que le prince de l'Église voulut reposer. » (Fernand Butel, Un Collège breton, p. 122.)

La chambre où mourut le saint missionnaire fut transformée en chapoUe. On y plaça son buste avec cette inscription : Hic decessit in pace Christi, Deo et hoininibus dilectus, Cujiis viemoria in benedictione est R, P. Ludovicus Leleu, Kalendis Augusti, An. 18i9. Vixitan. LXXVl.

a. Voir aux Pièces justificatives, n° VI.

et compagnon d'exil du cardinal de Rohan, Ami dévoué de la Compagnie de Jésus, il avait reçu chez lui à Besançon le Père Général et l'avait fait conduire ensuite jusqu'à Mulhouse. Dans le vieux couvent d'Issenheim le Père Roothaan trouvait une communauté prospère qui, grâce à l'arrivée de quelques expulsés de Suisse, comptait au delà de quarante religieux. Depuis deux ans quelques-uns d'entre eux habitaient à une petite lieue de distance, à Thierenbach, sur la commune de Soultz, où ils desservaientle pèlerinage de Notre-Dame des Sept Douleurs très vénéré dans le pays. Thierenbach occupe une place considérable dans l'Histoire du noviciat d'Issenheim. En même temps qu'ils y venaient réchauffer leur piété dans le sanctuaire de la Madone, les novices y prenaient leurs jours de repos dans une maison paisible entourée d'un vaste et beau jardin.

La résidence de Strasbourg avait, lors de la visite du Père Roothaan, un personnel de dix-sept religieux, dont douze prêtres. C'était plus que le double du chiffre normal. Elle devait cet accroissement à la Révolution qui avait forcé les Jésuites allemands aussi bien que les italiens à s'expatrier. A cette date les Catalogues signalent en France la présence de deux cent quatre-vingt-treize Jésuites étrangers, appartenant à douze Provinces, et presque tous chassés par le gouvernement de leur pays. A Strasbourg ce renfort fut d'une ressource précieuse, surtout pour les Missions de campagne; car jusqu'alors les Pères capables d'exercer le ministère en allemand étaient en fort petit nombre. Depuis près de trois ans, le Supérieur était le Père Pierre Stumpf, qui bientôt devait partir pour la Mission du bagne de Cayenne et y mourir à peine âgé de cinquante ans ^ Le contre-coup des événements de

I. Le P. Pierre Slumpf né en 180G, mort en i856, Supérieur de la Mission de Cayenne, ne doit pas être confondu avec son frère Jean-Baptiste, qui fut Recteur à Saint-Clément de Metz et mourut le 2 décembre 1878. Un troisième P. Stumpf (Victor), iSSg-iBSo, était neveu des précédents.

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