CHAPITRE IV
les règles des prêtres les meilleurs dans l'exercice de leur ministère. C'était en quelque façon, à la place de la loi d'amour, le régime de la terreur. Un curé d'une paroisse de deux mille âmes racontait au futur cardinal Gousset qu'il avait douze Pâques d'hommes : — « Douze de trop », ajoutait-il. Cette doctrine pharisaïque ignorait la miséricorde. Le fondateur des Missionnaires de Provence, ^Igr de Mazenod, arrive un jour à Gap et apprend qu'il y a à la prison un condamné à mort sur le point d'être exécuté. Selon la tradition janséniste, l'aumônier lui refuse les sacrements. A cette nouvelle, dit le biographe, « l'évêque bondit et déclare que, lui, il communiera le criminel. De fait, il le visite, entend sa confession, lui dit la messe et lui donne la communion et même la confirmation'. » On sait que, en vertu de la même tradition, spéciale à la France, les gens de théâtre furent longtemps traités en excommuniés et privés comme tels de la sépulture chrétienne, ce qui, au siècle dernier, donna lieu parfois à des scènes de désordre.
Le clergé français tenait à ces habitudes comme à l'un (le ses privilèges, pour ne pas dire tout à fait comme à un dogme. Il réprouvait avec indignation tout adoucissement à son impitoyable morale ; le nom seul de Liguori provoquait sa réprobation ; il était tenu pour auteur dangereux, sinon positivement hérétique, en tout cas formellement exclu des bibliothèques de séminaires ^. L'abbé Combalot, prêchantla retraite pastoraleàQuimper en 1829, se hasarde à esquisser la doctrine ligorienne, déclarée orthodoxe par les Souverains Pontifes et enseignée sous leurs yeux. L'évêque l'interrompt : « Nous ne partageons pas ces principes. » — Semblable désagrément arrive aux Jésuites qui abordent ce sujet devant un petit groupe