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CHAPITRE PREMIER

pour me demander si du moins les concessions faites étaient le nec plusultrà; et moi, fondé sur les assurances que m'avait données l'Eminentissime cardinal Lambruschini, et me confiant en la bienveillance eten la bonté de Votre Sainteté, je leur répondis de manière à les rassurer sur ce point. La vérité est que ce n'est pas seulement cette promesse qui me lie pour l'avenir, mais encore le devoir de ma charge. L'autorité du Général de la Compagnie est grande, il est vrai, mais elle est limitée parles Constitutions de l'Ordre, qui lui dénient en termes formels le pouvoir de dissoudre une seule maison et bien plus sans doute une Province entière.

« Je prends donc la hardiesse de supplier très humblenieit Votre Sainteté de vouloir bien n exiger de moi aucune autre concession que celles déjà faites, et dans le cas où elle croirait devoir en demander d'autres, de m'en intimer le commandenicnt en forme, de sorte que je puisse dire que j'agis par ordre du Souverain Pontife.

« Nous sommes enfants d'obéissance ; tout ce que Votre Sainteté commandera sera exécuté à la lettre^.

« S'il m'était permis d'exprimer à ce sujet toute ma pensée, je dirais que le mieux serait de laisser désormais nos Pères de France se débattre avec le Gouvernement comme ils pourront. Ils seront soutenus puissamment; sansdoule ils pourront succomber dans la lutte, mais dans les voies de concessions, leur chute serait bien plus certaine. Au moins l'honneur du Saint- Siège ne sera point compromis et ce sera pour nous une grande consolation, quelle que soit l'issue des événements. »

La réponse du Pape fut très nette. Une fois de plus il approuvait la conduite du Père (jénéral, mais jamais il ne lui demanderait d'aller plus loin dans la voie des concessions. 11 voulut môme que cette ré[)onse laite de vive voi.K fût attestée par un acte authentique. Le surlendemain, en effet, le cardinal Lambruschini adressait au Père Roothoan un billet ainsi conçu :

« A plusieurs reprises Sa SainteLé a exprimé à Votre

I. ... « Ardisco di supplicare la Sanlilà Vosira di non esigere da me altre concession! ollre a qualle gia faite; c!ic si abljia da esigere ancora più, si degai darmene ordine foruiale. Gui senza dubbio si ubbidirà.

Paternité sa satisfaction pour les sages et prudentes mesures prises par elle et dont elle a ordonné l'exécution dans ses deux lettres des 14 et 21 juin aux Provinciaux de la Compagnie en France. Or, afin que Votre Paternité en ait, pour sa tranquillité et sa garantie, un document officiel, Sa Sainteté m'a fait commandement de lui répéter par écrit sa pleine approbation pontificale desdites mesures, dispositions et ordinations, ne doutant pas qu'elles soient ponctuellement exécutées par ses religieux, avec la même sagesse et prudence qu'elles ont été dictées, c'est-à-dire doucement et sans éclat, ainsi que Votre Paternité le leur a prescrit et que l'exige la gravité de circonstances extraordinaires et pleines de dangers. » [Du Quirinal^ i4 septembre 18^5.)

Le cardinal ne reproduit pas explicitement, il est vrai, l'assurance donnée verbalement par le Pape; mais venant comme suite à l'audience de l'avant-veille, l'attestation avait un sens très précis pour celui à qui elle était destinée. Nous voyons d'ailleurs par la correspondance du Père Roothaan que Grégoire XVI ne s'en tint pas à une première déclaration : « Quant à de nouvelles concessions, écrivait-il le 2 octobre au Provincial de Lyon, il faudrait un ordre exprès du Pape pour qu'elles eussent lieu; et cet ordre, j'ai l'espoir bien fondé, ou plutôt l'assurance du contraire que Sa Sainteté a daigné plusieurs fois me donner, qu'il n'aura jamais lieu. »

La supplique du Père Général, avec la réponse orale de Grégoire XVI, fut communiquée aux Provinciaux de France, lesquels à leur tour en firent part à toutes les maisons de la Compagnie dans une circulaire en date du 29 septembre. Ce fut pour tous les Jésuites français et pour leurs amis un soulagement profond : « Nous ne savons, écrivait le Père Maillard, comment remercier Votre Paternité pour la communication de la Note présentée par elle au Saint-Père. Nous avions besoin de cette consolation. Elle servira à ranimer la confiance dans des cœurs un peu abattus et à réprimer quelques tentations de plainte ou

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quelques pensées de blâme. » (7 Octobre.) « On est bien décidé à tenir bon à Rome, écrit de son côté le Père Guidée; tout est là pour nous. Le Gouvernement ne peut rien sans cette suprême autorité, ou ce qu'il peut offre pour lui plus d'inconvénients que la tolérance de quelques pauvres religieux ne peut lui créer d'embarras avec la gauche... » (5 Octobre.)

De fait, la diplomatie eut beau faire jouer tous ses ressorts, les Jésuites français ne cédèrent finalement que dans la mesure qui avait été envisagée dès le début par leur premier Supérieur et indiquée dans ses lettres du 14 et du 21 juin. Rien de ce qu'on y avait ajouté dans la Note du Moniteur et que, avec une inqualifiable audace, on attribuait au Saint-Siège, ne fut mis à exécution. Le Gouvernement, qui devait se contenter de regarder faire, usa sans ménagements de tous les moyens d'intimidation pour arriver à ses fins. Le Père Roothaan s'en plaignait au cardinal Lambruschini . « Pendant que nos Pères se mettent en devoir d'accomplir ce qui leur a été prescrit, le Gouvernement français poursuit la dissolution complète de la Société, prétendant avec son insigne mauvaise foi qu'elle a été convenue avec le Saint-Siège; il envoie ses agents jusque dans les plus petites maisons s'enquérir de ce que l'on compte faire, si l'on met en vente les immeu- ])les..., etc. Tout récemment pareille enquête a été faite à Vais; et pourtant Votre Emineuce m'a déclaré expressément que cette maison n'était point du tout comprise dans les concessions...

« Quant à moi, ajoutait le Révérend Père, je m'en tiens à ce que j'ai écrit, et rien de plus. Pour tout le reste, je dis aux Provinciaux de France : Utanturjure suo'^. » (G Septembre.)

Les enquêteurs en étaient d'ailleurs pour leurs frais, témoin cette lettre du Père Augustin Périé, Supérieur de Dôle : « Le maire (c'était un ami) m'a montré un document

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