‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 149 sur 362 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Resterait à dire les efforts des Jésuites français pour créer, sous la Monarchie de Juillet, un organe périodique. Dès le lendemain de 1830, l'idée d'employer cette arme à la défense des intérêts d'ordre religieux et moral hante l'esprit des plus entreprenants et des plus actifs. On ne s'étonne pas de rencontrer à leur tête le Père Nicolas Deschamps. Professeur au pensionnat de Fribourg, il avait déjà essayé du journalisme. Le comte O'Mahony lui écrivait le 21 février 1836 : « Si pour exciter votre plume, il fallait un autre motif que votre désir de faire le bien, je vous dirais que cet Invariable^ que vous avez créé, que vous avez dirigé, que vous avez longtemps enrichi, vient de recevoir un double encouragement. D'abord une collection entière a été prise pour la Bibliothèque du Vatican ; ensuite le Saint-Père a versé sur le pauvre et indigne directeur une de ces grâces spéciales, récompense inappréciable aux yeux du chrétien. »

Mais l'intrépide lutteur ne pouvait s'en tenir là. Effrayé du désordre que la liberté de la presse répand dans les esprits, constatant que, en dépit des condamnations de l'Encyclique Mirari vos, les catholiques se laissent envahir par les faux principes du libéralisme, il voudrait que la Compagnie partît en guerre contre cette « hérésie nouvelle ». La prédication est impuissante à contenir le flot de l'erreur ; il y faudrait un journal. Dès 1834, il expose ses idées dans un Mémoire aux premières autorités de l'Ordre. Nous avons la réponse de l'Assistant de France, le Père Rozaven : « Le projet dont vous parlez a toute mon approbation et celle du Père Général. Nous nous en sommes expliqués plus d'une fois avec le Père Renault pendant son séjour à Rome... » — En conséquence pleine liberté lui est donnée d'aller de l'avant. Qu'il dresse son plan et le fasse agréer de ses Supérieurs. (5 Août 1834.)

A cette date les circonstances n'étaient guère favorables pour une telle entreprise ; la prudence faisait aux Jésuites un devoir de s'effacer. On attendit. En 1841, le Père

Delvaux renouvelait la proposition sous forme de vœu à la Congrégation provinciale de Paris ; elle eut ses partisans et ses adversaires. On ne se sentait pas suffisamment prêt; les hommes capables manquaient. Vainement le Père Delvaux invoqua l'exemple des Pères Belges, ses compatriotes qui, sans être mieux préparés, venaient de reprendre la publication des Bollandistes. Le Provincial, le Père Guidée avait peur de s'engager dans une nouveauté aussi hardie ; finalement le vœu fut écarté à deux voix de majorité. En 1843, c'est Lyon qui le reprend pour son compte ; la campagne pour la liberté d'enseignement battait son plein, le Monopole universitaire venait d'être jeté dans la mêlée; le Père Deschamps lança vers Rome un appel presque suppliant : « Oh ! c'est bien maintenant qu'une Revue mensuelle ou de deux fois le mois, sous notre direction, serait nécessaire pour soutenir la lutte engagée, reprendre toutes les questions philosophiques, historiques, religieuses de l'enseignement universitaire, montrer la ruine imminente qui menace la religion catholique en France, les abîmes où l'on conduit la société tout entière, éclairer et les pasteurs et le troupeau ! L'atmosphère parisienne est trop délétère pour y tenter cette entreprise... Un directeur général et trois autres hommes de la Compagnie suffiraient pour mener à bonne fin une telle œuvre en province, avec le concours de laïques qui viendraient d'eux-mêmes se grouper à l'entour. Le clergé serait enchanté de nous voir occupés à défendre ainsi la cause de la religion et de la science. » (3 Novembre 1843.) De son côté le Père Louis Valantin, Supérieur de la maison de Fourvière, sollicitait dans des lettres pressantes l'autorisation de mettre la main à l'œuvre. Cette fois encore le Père Roothaan fait répondre de la façon la plus encourageante ; il exige seulement que les règles de la Compagnie pour la revision des articles soient fidèlement observées, et il recommande en outre de respecter les personnes en combattant les doctrines. (25 Décembre 1843.)

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