‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 172 sur 362 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ne seraient plus écartés de la vie religieuse par un serment impitoyable. Enfin, pour le dire en passant, le contact des missionnaires décidait des vocations jusque parmi les officiers de la marine française. Au retour de la campagne du Cassini à Ghang-Hai en 1853, M. de Gaulejac entrait à la Ghartreuse ; deux autres se faisaient Jésuites, l'un était le commandant de Plas, l'autre le lieutenant de vaisseau Alexis Clerc, le futur martyr de la Commune.

Les Missions catholiques dans l'Amérique du Nord sont la démonstration vivante la plus extraordinaire de la fécondité de l'apostolat catholique au xix® siècle. Nulle part ne se réalise avec plus de vérité la parabole évangélique du grain de sénevé. Le grand arbre, qui étend aujourd'hui d'un océan à l'autre l'ombre de ses rameaux, n'étaitbien à l'origine qu'ungerme d'apparence misérable. La Mission de la Compagnie de Jésus a suivi dans son évolution une marche parallèle à celle de l'Eglise elle-même. Ses débuts furent aussi humbles que possible. Vers 1827 ou 1828, Mgr Flaget, évêque de Bardstown au Kentucky, demanda quelques Jésuites français pour son collège. On ne put les lui accorder pour lors, faute de personnel. Mais ce motif n'existait plus, quand la secousse de 1830 obligea les religieux à chercher hors de leurs maisons un refuge et un emploi. Le 30 novembre, les PP. Ghazelle, Petit et Ladavière, avec le Frère coadjuteur Corne, s'embarquaient à Pauillac et touchaient terre à la Nouvelle-Orléans, le 7 février 1831. Parvenus à Bardstown, ils trouvaient le collège suffisamment pourvu. Le Père Ladavière retourna en Louisiane, tandis que les deux autres demeuraient au Kentucky. Avant la fin de l'année, un autre collège, dit de Sainte-Marie, à dix lieues de Bardstown, leur était offert par son fondateur, le prêtre irlandais Guillaume Byrne. L'établissement fut accepté, et trois autres Pères étant

arrivés sur la fin de 1832, on inaugura, avec l'année 1833, une vie de communauté régulière.

Ainsi fut fondé ce que les Catalogues appellent la Mission de l'Amérique septentrionale ; le modeste collège de Sainte- Marie au Kentucky en fut le berceau et en resta le centre pendant près de quinze ans^ Son existence n'eut rien de brillant. L'abbé Byrne étant mort en 1833, les Pères eurent tout d'abord à soutenir un procès contre ses héritiers qui en réclamaient la propriété. Après quoi survint le choléra, puis un incendie, qui obligea à reconstruire l'édifice. Toutefois mal situé, dans une ville sans avenir, le collège Sainte-Marie ne réunit jamais plus de 130 élèves. En 1844 on y comptait vingt religieux, y compris plusieurs novices et scolastiques. A cette date un nouveau collège s'ouvre à Louisville, la principale cité de l'État. En 1845 le Père Boulanger, remplacé comme Provincial de Paris parle Père Rubillon, devient Visiteur et Supérieur de la Mission. Il installe les Jésuites à Fordham, l'un des faubourgs de New- York, puis à New- York même, où depuis 1843 l'évêque demandait l'établissement d'un collège de la Compagnie. On ne pouvait s'exagérer l'importance de cette prise de possession: « C'est, écrivait le Père Rubillon, le commencement de la Province de Maryland'^. » (11 Janvier 1845.) Avec le temps elle deviendrait l'une des plus populeuses et des plus florissantes de la Compagnie tout entière. En attendant, le nom de Mission de New- York est substitué à celui de Mission de l'Amérique septentrionale. En 1850, son personnel comprend quatre-vingts religieux, dont trente-quatre prêtres et seize scolastiques. Leur apostolat s'étend sur les États du Nord-Est de l'Union, qui forment avec le Canada la part attribuée à la Province de Paris. La Province de Lyon avait la sienne dans le Sud.

1. En i834 l'Éolise catholique comptait aux États-Unis ii diocèses, 25o prêtres, 12 séminaires, 3o couvents, une douzaine de collèges.

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