CHAPITRE V
succombé à la terrible fièvre jaune, quatre autres furent enlevés par difïérents accès pernicieux. Les maladies faisaient d'effroyables ravages dans les rangs des transportés ; pendant les vingt-deux ans de leur séjour en Guyane le principal office des Jésuites missionnaires fut l'assistance des mourants ; presque tous acceptaient les secours de la religion et souvent même, écrivait en 1866 le Père de Montfort, « d'une manière pieuse et édifiante ».
L'œuvre avait assurément sa grandeur et sa beauté ; nulle Mission peut-être ne répondait mieux aux aspirations des âmes apostoliques, car nulle autre ne leur demandait un plus complet sacrifice d'elles-mêmes : « Je ne méritais pas, écrivait le Père Herviant, l'honneur d'être membre de la Mission la plus sublime qui puisse se rencontrer, parce que c'est la plus crucifiante. » (18 Janvier 1853.) Les consolations ne manquaient pas non plus aux aumôniers de Cayenne ; leurs lettres sont à cet égard pleines d'intérêt autant que d'édification. D'autre part, les contradictions et les entraves leur venaient de ceux-là mêmes qui auraient dû les seconder. Par sa malveillance systématique, par son irréligion et surtout par le spectacle de son inconduite, le personnel de la colonie était le plus grand obstacle à l'action des missionnaires. Tout d'abord le Père Hus crut devoir informer le ministre des désordres dont il était témoin. Ses plaintes furent communiquées au Gouverneur qui en conçut une violente irritation'. Au mois de septembre 1855, le Père Hus se trouvait à Paris pour la seconde fois. 11 venait exposer la situation dans un entretien avec le ministre et le conjurer d'y apporter remède. Car, disait-il, il était bien illusoire de rêver le relèvement moral des transportés quand on leur offrait l'exemple de la pire dépravation. Les remontrances du voyageur furent mal accueillies ; l'empereur, à qui il fit demander une audience, refusa de le recevoir.