CHAPITRE Vlll
collèges des Jésuites à la fonction de surveillant, fonction qu'ils n'estiment point du tout au-dessous de celle de prolesseur et qu'ils n'hésitent pas à confier à des hommes de haute capacité à tous égards. C'est au surveillant surtout que revient la charge de faire régner la discipline, et pour y réussir il ne lui faudra pas moins qu'une vigilance de tous les instants, avec beaucoup de fermeté et plus encore de tact. Car enfin cette discipline doit être détrempée de douceur; le collège ne doit être ni une prison, ni une caserne. Un haut fonctionnaire de l'Université a écrit que les Jésuites s'entendent mieux que d'autres « à dorer les barreaux de la cage » '. Dans l'intention de M. Compayré le mot avait le sens d'une épigramme ; mais il atout aussi bien la valeur d'un témoignage rendu au dévouement industrieux des Jésuites éducateurs, et spécialement des Jésuites surveillants dans les collèges. Du moment qu'il leur faut, contre leur gré, garder en cage des oiseaux privés de leur liberté, c'est quelque chose de rendre ce séjour assez agréable pour que les captifs ne se révoltent ni ne se plaignent. De fait, il ne paraît pas que la vie ait été exceptionnellement dure sous la discipline du pensionnat chez les Jésuites. La })lupart des anciens prisonniers, une fois libres, y reviennent avec bonheur, et devenus hommes, leurs années de collège sont encore celles dont ils gardent le meilleur souvenir. Ils ne songent pas à regretter les sévérités de la discipline, non plus que certaines rudesses qui ne leur furent pas épargnées.
Ce fut en effet le souci constant des Jésuites de réagir contre les habitudes de mollesse de l'éducation contemporaine. La clientèle de leurs collèges avait besoin plus que d'autres d'être prémunie contre ce danger; ils considéraient comme leur devoir de viriliser une génération trop délicate, d'aguerrir les corps comme les âmes. Les documents de famille sont très explicites à cet égard; ils fourniraient la matière d'un chapitre de pédagogie qui n'a pas