CHAPITRE PREMIER
résumer en ce que les Jésuites « sont à Rome à la tête du parti stationnaire ». Aussi Lacordaire croit « leur point de vue faux, étroit, malchanceux». Ce n'est certes pas la jalousie qui inspire ce langage : « Je ne crois pas, depuis que je suis au monde, avoir été jaloux de personne, et il n'y a rien que j'envie moins que l'histoire et l'état de ces pauvres Pères, non parce qu'ils sont persécutés, mais parce que leur génie et leur cœur n'égalent point leur martyre. » Enfin, si l'illustre dominicain presse son ami de se tenir à distance des Jésuites, c'est, lui dit-il en terminant, par « pur dévouement pour ta personne, pour ta gloire, pour le bien commun de la chrétienté dont tu es un des appuis... En t'identifiant avec eux, tu n'y perdras rien personnellement, parce que ta marche n'est pas la leur; on te séparera d'eux malgré toi... Tu n'y perdras donc rien, je le sais, mais tu embarrasseras pour une foule d'esprits le chemin du retour à nous, à Dieu, à Jésus-Christ, à la liberté chrétienne » ^
Les Jésuites obstacle sur « le chemin du retour », c'est toute la thèse développée dans cette longue confidence de l'amitié; c'était aussi celle du Mémorandum de Rossi, celle pareillement, hélas! des écrivains du Constitutionnel, du National, du Courriel' français, du Journal des Débats et autres défenseurs de l'Eglise, avec lesquels Lacordaire n'avait rien de commun sans doute que le titre équivoque de libéral. On peut regretter qu'il partage leur manière de voir sur le danger que les Jésuites font courir à l'Église.
Au reste Montalembert n'avait garde de s'identifier avec ces « pauvres Pères », objet d'une commisération si peu flatteuse pour eux^; il ne se faisait pas faute à