Voir hecAiiuei, Montalembert. Tome II, p
2. Heureusement Lacordaire avait formulé sur ces « pauvres Pères », alors qu'il les voyait de près à Rome, un verdict moins accablant. (( J'ai souvent admiré, écrivait-il à Montalembert, leur foi, leur zèle, leur bonne éducation, leur facilité à tout comprendre et à se mettre au niveau de tout, qui fut toujours un de leurs caractères, enfin un détachement vrai des passions politiques, prêt à reconnaître l'ordre partout
l'occasion de leur dire leur fait, et, sauf les précautions de style, un adversaire déclaré n'aurait pu le dire de façon plus désobligeante. Le Père de Ravignan se trouvant à Rome sur la fin de 1847, il lui adressait des avis « dictés par l'attachement le plus sincère » etdestinés à être placés sous les yeux du Père Roothaan^ Montalembert reprochait aux Jésuites leur esprit rétrograde, leur attachement à l'absolutisme d'ancien régime, leur éloignement pour les idées modernes et la liberté. A l'en croire, si la Compagnie de Jésus est incapable de se défendre contre les attaques de ses ennemis, cela tient d'abord à « ses opinions politiques ». En conséquence, Montalembert la pressait de faire une profession de foi dans le sens libéral. « Cette déclaration notoire et officielle dissiperait une prévention fâcheuse ; on n'accuserait plus les Jésuites d'être des hommes d'un autre âge, marchant à rebours de leur siècle. » A ce premier avis, comme à ce premier grief, la réponse était trop facile. Après avoir fait observer que la Compagnie de Jésus se trouve dans une situation bien délicate, entre des adversaires qui lui reprochent de se mêler à la politique et des amis qui voudraient qu'elle s'en mêlât davantage, le Père de Ravignan continue :
« Notre Institut ne connaît pas plus les professions de foi politique que l'Évangile et l'Église ne les connaissent et ne les enseignent. La politique de la Compagnie n'est et ne peut être que celle de l'Église. Comme l'Église la Compagnie s'accommode à toute forme de gouvernement...
où il est... » (i5 Avril i836.) Comment ces mêmes hommes se trouventils être (( à la tête du parti stationnaire », — on dirait aujourd'hui réactionnaire — comment, « par suite de trente ans de fautes », méritent-ils d'être abandonnés à leur malheureux sort? D'où vient que les idées de Lacordaire sur les Jésuites se sont modifiées à ce point, que « la sympathie » a fait place « à la défiance »? L'historien de Montalembert fait une réponse, où il y a sans doute une part de vrai, mais dont nous lui laissons toute la responsabilité : « Il craint de compromettre son œuvre dominicaine par une alliance trop étroite avec un ordre si impopulaire. » (T. II, p. 262.)