‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 47 sur 362 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cela prouve seulement que les plus habiles aboutissent parfois au rebours de leurs visées, accomplissant les desseins de Dieu à leur insu, et par les moyens mêmes qui y semblent les plus contraires.

Pour en revenir au discours du 30 janvier, les témoignages du temps sont unanimes à constater la profonde et heureuse impression qui, de l'Assemblée, passa prompteinent dans le pays. Les adversaires se sentirent subjugués : « Votre haute raison, disait au ministre un député de l'opposition, a fait taire mes mauvais instincts. » M. Thiers ne prit la parole que pour avouer sa défaite, s'en remettant d'ailleurs à l'avenir pour justifier son attitude. Plus opiniâtre, M. Dupin tenta encore de réveiller les terreurs en agitant le spectre ultramontain; on ne l'écouta pas. « En vain, dit le Correspondant, M. Dupin voulut-il relever le fer que M. Thiers venait de laisser échapper; en vain... jeta-t-il à la Chambre le nom de Moines, avec le même accent qu'un musulman parle des chiens, c'est-àdire des chrétiens, les murmures d'impatience couvrirent sa voix, et M. Dupin lui-même se hâta de rejoindre M. Thiers à cette distance du champ de bataille où l'on peut dire que tout est sauvé, fors l'honneur. »

Assurément la guerre aux Jésuites n'était pas terminée; la presse dite libérale se chargeait de la poursuivre sans trêve ni repos; mais du moins les déclarations de M. Guizot marquaient la fin de ce que l'on pourrait appeler la période parlementaire et gouvernementale de la campagne. On échangera encore, comme nous le verrons, quelques pourparlers avec la Curie romaine ; mais il semble que c'est plutôt pour la forme et pour soutenir une conversation préalablement engagée. A la Chambre des Pairs, personne ne se soucie de remettre la question à l'ordre du jour. A la Chambre des députés, il faut attendre l'occasion de la petite revue annuelle où l'on parle de tout. Au début de l'année 1847, la dernière du régime, les sujets de récriminations contre la politique du Cabinet étaient plus nombreux que jamais; la discussion de l'Adresse au roi

se prolongea presque deux mois entiers ; les Jésuites y figurèrent, grâce à un député obscur, nommé Laplesse : « Je veux, dit-il, demander à l'honorable M. Guizot dans quel état se trouve aujourd'hui la négociation commencée avec la cour de Rome, relativement à l'existence de certaine corporation religieuse.., existence nonmoins incompatible avec nos mœurs et nos institutions qu'avec les dispositions les plus formelles de nos lois. » M. Laplesse voyait « non seulement les anciennes maisons conventuelles se maintenir, s'étendre et accroître leur population intérieure dans des proportions considérables, mais même de nouvelles maisons s'élever, se construire et s'établir, au grand étonnement des hommes paisibles et amis de leur pays. » Il désirait donc savoir de M. le ministre des Affaires étrangères, « si les négociations entamées en 1845 avec la cour de Rome étaient suspendues ou continuées avec activité », prêt à se tenir tranquille si le ministre lui donnait l'assurance que, a dans un court délai, elles obtiendraient un résultat satisfaisant, complet et conforme aux lois du royaume ^ »

M. Guizot se hâta de tranquilliser « l'honorable préopinant ». Les négociations suspendues par le changement du Pontificat ont été reprises, dit-il, avec le nouveau Pontife. Et « il a été entendu que le but serait poursuivi de manière à être effectivement atteint, et atteint par les moyens doux qui avaient été employés jusque-là. » Au surplus, « il est impossible, concluait le ministre, de déterminer avec précision à quel moment le but sera atteint. » L'inévitable M. Dupin ne manqua pas de protester une fois de plus que «la France a le droit absolu » de repousser les Jésuites.

Et ce fut tout. L'année suivante on eût sans doute répété le dialogue ; mais on n'en eut pas le loisir.

i. Le Moniteur. Séance de la Chambre des Députés du lo février i84';.

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