CHA.PITRE PREMIER
La vérité est donc : — 1° que le Saint-Siège a rejeté obstinément et toujours toutes les demandes que faisait le Gouvernement; — 2° que les cardinaux réunis deux fois extraordinairement ont aussi repoussé toutes les demandes ou concessions que sollicitait le Gouvernement. Et ainsi l'honneur du Saint-Siège et de l'Eglise romaine reste sauvé, entièrement sauvé, dans les prétendus succès obtenus par M. Rossi.
« Voilà ce que vous pouvez dire, avec une juste mesure sans doute, mais en toute vérité, aux dignes protecteurs, aux amis vénérés, que la nouvelle du journal a dû effrayer et consterner. Mais qu'y a-t-il donc de vrai dans l'annonce officielle? — Le voici :... C'est que, battu sur le terrain de la Cour romaine, M. Rossi s'est replié sur le terrain de conciliation auprès de notre T. R. Père Général et qu'il en a obtenu, pour le bien de la paix, et comme une sorte de satisfaction, quelques concessions dont nous aurons à vous entretenir plus lard. Et voilà la vérité, toute la vérité. »
Restait à savoir quelles étaient les intentions du Gouvernement et comment il entendait l'exécution des mesures annoncées dans la Note du Moniteur. Le comte Beugnot voulut bien servir d'intermédiaire ; le 10 juillet il eut une entrevue avec ]\L Guizot; nous en trouvons un compte rendu sommaire dans une lettre adressée le lendemain, il juillet, par le Père de Ravignan aux Provinciaux de France. Nous la citons telle quelle, tout en regrettant les éclaboussures qui en rejaillissent sur la mémoire d'un iioiiime d'Etat presque illustre :
« Nous savons enfin positivement les instructions du Gouvernement et le sens qu'il attache aux concessions obtenues de Rome. M. Beugnot a bien voulu voir hier même M. Guizot, afin de s'explicjuer nettement sur noire compte. J'avais remis à i\l. Beuguot un résumé exact des instructions du T. R. P. Général*; il connaissait comme
I . La noie remise par le P. de Ravignan au comte Beugnot et communiquée par celui-ci à M. Guizot se terminait ainsi : « Il doit être
nous-mêmes le sens et le but des lettres du Père Général. M. Beugnot a donc fait part de notre situation; il a exposé nos restrictions dans le sens des ordres reçus. M. Guizot l'a écouté et lui a donné ensuite lecture de la correspondance tant officielle que particulière de M. Rossi. Il en résulte clairement : — 1" que M. Rossi a traité avec le cardinal Lambruscliini qui agissait au nom du Saint- Père; — 2° que M. Rossi n'a jamais eu et ne doit avoir aucun rapport avec le Père Général ; — 3° qu'il a obtenu tout ce qu'il demandait et que tout a été convenu entre le cardinal Lambruschini au nom du Saint-Père et M. Rossi; — 4" que la Note définitive envoyée par M. Rossi à M. Guizot est restée entre les mains du cardinal un jour ou deux, que le cardinal a pleinement approuvé cette Note et les termes dans lesquels elle était conçue; — 5° que la Note publiée dans le journal officiel n'est que la reproduction textuelle de la dépêche de M. Rossi approuvée par le cardinal Lambruschini : La Compagnie de Jésus cessera d'exister en France; ses maisons seront fermées... etc..
« M. Guizot affirme nettement que cette décision est due à l'autorité du Saint-Siège. A la tribune il s'en expliquera en ce sens; il lira ses dépêches et les entretiens du cardinal avec Rossi que ces dépêches rapportent. M. Guizot et le Gouvernement exigent que cette décision soit exécutée à la lettre. Ainsi maisons fermées., noviciats dissous, etc. Il a ajouté que peut-être tolérerait-on un noviciat pour les Missions étrangères; mais toute existence à l'état de Congrégation doit être supprimée, en attendant des temps meilleurs. Enfin le Gouvernement ne prendra
entendu qu'en cédant quelque chose les religieux de la Compagnie le font par un motif de paix; qu'ils réservent expressément tous leurs droits, et qu'ils les feront valoir toutes les fois qu'ils le jugeront à propos, c'est-à-dire qu'ils ne renoncent en aucune manière à invoquer, dans l'occasion, le bénétice de lu Constitution et du droit commun de propriété, de domicile, de liberté individuelle et de liberté religieuse. Ou conçoit même que, si le Gouvernement exigeait maintenant des Jésuites plus (]u'il n'a été accordé par leur Général, on serait nécessairement replacé sur le terrain des discussions et des résistances légales. »