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CHAPITRE II

peut-être la jetterait hors des frontières. «C'était le beau moment pour y entrer », disait Pierre Olivaint à un petit groupe d'amis en leur faisant ses adieux. Puis s'adressant à l'un d'eux, comme lui ancien Normalien et professeur d'Histoire au collège Stanislas : — « Quand viens-tu me retrouver? — Dès que, répondit celui-ci, j'en aurai fini avec les compositions du grand concours. — Toi, répliqua Olivaint, tu partiras au noviciat au moment du déménagement. » La prédiction se réalisa au pied de la lettre. Charles Verdière entra au noviciat, à Rome, le 23 août. Quand il vint prendre congé du Père Rubillon, Provincial de Paris, il trouva la chambre encombrée de papiers et de menus objets. C'était le « déménagement » prévu qui s'opérait, par suite des concessions.

Jean Caubert n'avait pas même attendu jusque-là. C'était un jeune avocat du barreau de Paris ; il avait trentequatre ans et était attaché au ministère de la Justice. Très apprécié de ses chefs, il venait de recevoir de l'avancement, lorsque parut la Note du Moniteur annonçant la dissolution de la Compagnie de Jésus. Ce fut pour Jean Caubert comme l'appel au drapeau. Le lendemain il allait en personne remettre sa démission à M. Martin du Nord. Le Garde des Sceaux veut savoir le motif d'une décision aussi imprévue : — «M. le ministre, répond Caubert, il y a longtemps que j'ai le désir de me faire Jésuite. Vous allez chasser ces religieux, et je ne saurais plus où les trouver ; il faut donc que je me hâte d'entrer chez eux. » Trois jours plus tard, il se présentait au Père Rubillon qui l'envoya au noviciat de Saint-Acheul.

Assurément il fallait une dose de générosité de cœur quelque peu exceptionnelle pour se donner à la famille de saint Ignace, alors que l'avenir apparaissait pour elle si menaçant. Ceux qu'elle reçut entre 1844 et 1846 ne pouvaient guère être soupçonnés d'obéir à des impulsions humaines. Beaucoup d'entre eux se sont distingués dans la suite, sinon par des talents hors ligne et des œuvres éclatantes, du moins par une vie religieuse qui rend leur

mémoire précieuse à ceux qui les ont connus. Outre ceux dont nous venons de parler, quelques noms méritent, ce semble, de trouver place dans cette Histoire.

Voici d'abord les deux derniers représentants de cette génération aujourd'hui complètement disparue, Ambroise Matignon et Hilarion Taupin, qui s'éteignirent à la veille du centenaire de 1914, parvenus l'un et l'autre à l'extrême vieillesse.

Après avoir professé la Philosophie au scolasticat de Laval, le Père Matignon a exercé son ministère à Paris pendant cinquante-quatre années consécutives de 1859 à 1913. Ecrivain, conférencier, prédicateur, confesseur, Supérieur de la résidence à trois reprises différentes, il a eu, spécialement sur les hommes du monde, mais aussi sur le clergé et sur ses frères en religion, une influence considérable. A tous il a laissé le souvenir d'une grande vertu qui savait se faire aimable et que rehaussaient les plus belles qualités de l'intelligence. Collègue du Père Matignon à Laval, le Père Taupin dirigea par la suite plusieurs résidences ou collèges, en particulier celui de Saint-Joseph de Poitiers. Parmi leurs compagnons de noviciat se trouvait André Borgniet, un des pionniers de la nouvelle Mission de la Compagnie de Jésus en Chine, et qui le premier fut fait évêque de Kiang-nan. Citons encore Benjamin Brutillot, nom cher aux Missions du Maduré et de Madagascar, dont il fut jusqu'à son dernier jour le très dévoué procureur; Michel Jullien, mathématicien distingué, Provincial de Lyon, fondateur du collège du Caire, historien de la Mission de Syrie ; Charles de Damas, moins entreprenant que son frère Amédée, mais d'une générosité de cœur qui ne connaissait pas de bornes ; parmi les petits et les humbles auxquels il prodigua les trésors de sa charité, il est vénéré comme un saint. A côté d'eux nous voyons encore Jules Plantaz, un missionnaire de la vieille école, pendant de longues années le conseiller et l'apôtre du clergé franc-comtois ; François Jaffre, longtemps professeur de Philosophie et auteur d'un Manuel qui a eu son

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