‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 66 sur 362 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

d'être vaincu en Suisse et qui est menacé dans toute l'Europe par une nouvelle invasion de Barbares. » (14 Janvier 1848.)

L'entrée des troupes fédérales à Fribourg fut le coup de grâce pour le collège et le pensionnat. Un adversaire des Jésuites, le duc de Broglie, devait se charger de les justifier : « Les établissements formés par cette corporation en Suisse, disait-il à la Chambre des Pairs, étaient, je le sais, les ennemis du Gouvernement français, les ennemis déclarés de son roi, de la famille qui règne sur nous, des institutions qui nous régissent. Mais il faut être juste envers tout le monde, même envers ses ennemis, môme envers les Jésuites. Je suis obligé de répéter que, depuis trente ans que ces établissements existaient en Suisse, que depuis trois ans qu'ils étaient l'objet des persécutions les plus acharnées, il n'a pas été possible, je ne dis pas de découvrir, mais d'inventer, de supposer un fait quelconque dont on pût se prévaloir pour demander leur expulsion. Si bien qu'on a été réduit à déclarer que leur présence troublait la tranquillité de la Confédération, attendu que leurs adversaires se livraient contre eux, ou à leur occasion, aux excès les plus détestables ; on en a été réduit à leur faire un crime des crimes dont ils étaient l'objet et dont ils sont devenus les victimes. » (13 Janvier 1848.)

Déjà l'état de trouble des dernières années avait réduit notablement le nombre des élèves venus de l'étranger. Lors de la capitulation, les bâtiments et tout ce qu'ils contenaient devinrent la proie des pillards; cependant aucun mauvais traitement ne fut infligé aux personnes. On se contenta de les expulser par bandes et de leur faire gagner la frontière sans autres ressources que leur argent de poche. Le premier départ eut lieu le vendredi matin, 12 novembre, sous la conduite de M. de Massignac, secrétaire d'ambassade envoyé par M. de Bois-le-Comte, ambassadeur de France en Suisse. Les Espagnols et un certain nombre des plus jeunes Français furent désignés

par le Père Geoffroy, Recteur du pensionnat, pour faire partie de ce convoi ; ils parvinrent non sans difficulté, à Berne, où le lendemain le Père Clément Faller amenait d'autres élèves, Allemands pour la plupart. Tous partirent pour Strasbourg, où ils furent rejoints par un nouveau détachement conduit par M, de Massignac. Ils se trouvaient en tout 104 expulsés, de diverses nations^ Accueillis à leur arrivée par l'évéque en personne et par les Jésuites de la résidence, ils furent pendant plusieurs jours l'objet des attentions les plus délicates et de la curiosité sympathique delà population. De Strasbourg on les achemina ensuite par groupes vers leurs pays respectifs. Le Père Jordan, Provincial de Lyon, écrivait le 29 novembre : « Votre Paternité n'ignore pas les désastres de Fribourg, le collège et le pensionnat dévastés, les Pères dispersés et poursuivis, les élèves sauvés par les ambassades. Plus de vingt. Français ou Espagnols, sont arrivés à Lyon, par Strasbourg, sous la conduite du Père Faller... Il en arrive par toutes les directions, Genève, Besançon, Neuchâtel.. Nous serons heureux de donner asile à ces chers exilés...» Détail curieux, mentionné dans la correspondance diplomatique : tout en facilitant le rapatriement des élèves de Fribourg, l'ambassadeur croyait devoir prendre des précautions contre une invasion de la France par les émigrés; il exigeait des Jésuites la promesse que, une fois sur le territoire français, ils ne songeraient point à organiser une maison d'éducation. Certes le moment eût été mal choisi pour l'établir en France; mais il n'est pas douteux que l'on ne se préoccupât de ressusciter Fribourg quelque part : « Chacun, disait encore le Père Jordan, propose son plan. Voici le mien : Nommez le Père Geoffroy Recteur à Chambéry; vous y verrez accourir la plupart des élèves de Fribourg; la confiance des familles est entière; le Père Geoffroy est Sarde; le collège de Fribourg ravivé par un élément nouveau renaîtra de ses cendres... »

I. Cf. Le Livre d'or de Fribourg. Précis historique, p. xxxii et suiv.

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