‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 68 sur 362 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

au bout de ce Jubilé et de ce Carême qui ont fait tant de bien dans la ville de Lyon et partout, Notre-Seigneur a voulu se servir de dix de vos enfants pour l'honneur de sa cause et pour les intérêts des âmes. Les PP. Valgallier, Marquet, Nègre et de Ponlevoy ont contribué puissamment par leur zèle et leurs succès à rendre cette station l'une des plus belles et des plus fructueuses qu'on ait vues depuis longtemps... Tous nos prédicateurs et confesseurs ont été absorbés à cette occasion. Chacun a fait son devoir et payé généreusement de sa personne...» (19 Avril 1847.) La même lettre signale le progrès des œuvres de la résidence et spécialement la grande congrégation fondée par le Père Roger, il y avait près d'un demi-siècle, et qui demandait à passer sous la direction de la Compagnie: « Le président est venu me consulter à ce sujet; c'est, m'a-t-il dit, le désir et l'avis du Conseil. » 11 fut en effet mis à exécution quelques semaines plus tard. Avec son entrain habituel, le Supérieur pouvait conclure : « Tout marche dans cette maison, tout est plein de vie. »

Cet état prospère ne pouvait se soutenir longtemps. Déjà des points noirs annonçaient le danger prochain. « J'ai été averti ce matin, par voie très sûre, écrivait de Paris le Père Guidée, que le procureur général de Lyon vient de dénoncer les Jésuites de Fourvière comme détenant, sans brevet, des presses autographi({ues, dont ils veulent se servir dans la polémique dont le nouveau projet de loi sur l'enseignement sera sans. doute l'objet. Il demande s'il faut saisir immédiatement ces presses ou attendre le flagrant délit, afin qu'on ne puisse pas alléguer que ces presses ne devaient servir que pour les lettres d'une correspondance privée. On va transmettre au ministre des Affaires étrangères une copie du rapport du procureur général, afin qu'il donne avis à l'ambassadeur à Rome. » (23 Février 1847.)

Il faut se souvenir que la liberté de la presse, proclamée par la Charte de 1830, restait cependant soumise à une multitude d'entraves qui ne devaient être abolies que

par la Révolution de 1848, pour être d'ailleurs bientôt rétablies par l'empire. Il paraîtrait que ce furent les ouvriers typographes de Lyon qui se plaignirent au procureur du roi de l'infraction commise par certaines communautés religieuses de la ville. Quoi qu'il en soit, le Père Maillard pensa que la sollicitude de son confrère s'alarmait mal à propos ; il lui répondit donc : « 1° qu'il n'y avait pas à Fourvière de presse autographique ; 2oque personne dans la Province du Midi ne songeait à écrire sur la liberté d'enseignement ; 3" que c'était donc pure invention de M. le procureur; 4° que, au surplus, lors de l'interpellation Thiers, ce même procureur avait offert ses services au Gouvernement pour en finir avec les Jésuites et en débarrasser le pays. » (26 Février.)

La vérité était d'ailleurs que depuis près de deux ans la presse autographique était descendue de Fourvière à la rue Sala, où elle servait exclusivement à des usages domestiques. C'est ce que le Supérieur déclarait encore, six mois plus tard, dans sa correspondance avec le Père Général : « Des perquisitions ont été faites, écrit-il, le 10 juillet. Nous avons été cités, le Père Valantin et moi, devant le juge d'instruction. Nous avons avoué l'existence de notre presse jusqu'à ces derniers temps. Peut-être l'affaire en restera là. »

Cette fois l'optimisme du Père Maillard devait se trouver en défaut. Trois semaines plus tard, le 2 août, l'affaire était instruite, plaidée et jugée en police correctionnelle. Le Père Louis Valantin, Supérieur de Fourvière, faisait une déclaration simple et digne. M* Vincent de Saint-Bonnet présentait la défense, le tribunal condamnait le prévenu à six moix de prison et 10.000 francs d'amende. A elle seule la gravité exorbitante de la peine était un argument contre la poursuite. Le Père Valantin en appela à la Cour royale. Celle-ci rendit sa sentence le 25 août, et ses considérants établissaient la différence entre la presse typographique, appareil de publication indéfinie et la presse autographique, qui n'a de commun

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