‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 69 sur 362 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

avec la première que le nom et qui ne saurait donc lui être assimilée quant aux dispositions légales. En conséquence, elle annulait le jugement correctionnel et prononçait l'acquittement. Le jour même le Provincial en donnait la nouvelle au Père Roothaan : « Nous avons éprouvé dans cette occasion, écrivait-il, l'affection des Lyonnais; au sortir de l'audience prêtres et laïques se sont empressés d'offrir leurs félicitations à l'excellent Père Valantin. »

Toutefois la satisfaction des honnêtes gens était prématurée. C'est de Lyon qu'était partie la sentence qui avait frappé M. Dupin ; il est permis de croire que les magistrats du parquet lyonnais sentaient le besoin d'une revanche ; ils feraient expier aux Jésuites les torts du cardinal de Bonald. Cinq jours après le verdict, tout était remis en question : « Nous pensions, écrivait le Père Jordan, que tout était fini. Nous avons appris hier que le Ministère public s'était pourvu en cassation... La décision de la Cour suprême est importante pour l'avenir... » (31 Août 1847.)

Malheureusement cette décision n'intervint pas; il y a lieu de croire qu'elle eût ratifié l'avis de la Cour royale. Mais au mois de février suivant, le régime lui-même sombrait dans une tempête qui fut suivie d'une aurore de liberté. Entre temps on se préparait à faire bonne contenance. Le Père Jordan osait écrire : « Nous nous applaudissons toujours davantage de nous être défendus vigoureusement dans cette affaire. Nos amis nous en savent bon gré ; nos ennemis nous attaquent plus timidement... » Et quelques jours plus tard : « J'ai cru, de l'avis de mes consulteurs, devoir envoyer le Père Deschamps à Paris. C'est à ce brave Père que nous devons, après Dieu, le succès de notre cause à Lyon '. » (10 Septembre 1847.)

[ , L'infatigable pui>liciste donna à celte occasion d'abord une série d'articles à la Gazette de Lyon. Ils furent réunis sous le titre La liberté de la presse doinestique devant le tribunal de police correctionnelle de la ville de Lyon. Vient ensuite pendant son séjour à Paris Affaire de la

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« Vers le milieu de 1847 aucun trône ne paraissait plus solide que celui du roi Louis-Philippe. Depuis 1839 la place publique n'avait point été troublée... Parmi les chefs républicains, les plus hardis ajournaient jusqu'après la mort du Roi la réalisation de leurs espérances... Le parti légitimiste n'était pas plus redoutable. Sauf dans les campagnes de l'Ouest et dans quelques provinces du Midi, il se heurtait aux préjugés les plus enracinés... Quant au parti bonapartiste, on pouvait croire qu'il n'existait pas, tant étaient rares les traces visibles de son action... En trois jours cet établissement si solide s'est écroulé...^ »

Ainsi débute l'historien de la seconde République. « En 1848, dit-il encore, personne ne prévoyait, presque personne ne souhaitait un changement de régime. » Le 22 février se manifestent les premières agitations du peuple de Paris ; le 23, M. Guizot se démet du pouvoir qu'il dirigeait depuis huit ans ; le 24, le roi abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris, et s'éloigne; la Chambre des Députés, un moment indécise, accepte le Gouvernement provisoire et se prononce pour la République. La Révolution est faite ; mieux encore elle est accueillie et ratifiée par l'opinion. Pas de résistance et, sauf une échauffourée, suite d'un malentendu, sur le boulevard des Capucines, et deux ou trois escarmouches, pas d'effusion de sang. Nous laissons aux philosophes le soin d'expliquer ce phénomène peut-être unique dans l'Histoire. On sait que les insurgés de la capitale se montrèrent respectueux de la religion ; de leur côté les gouvernants ne lui témoignèrent aucun mauvais vouloir; aussi le clergé donna-t-il sans tarder son adhésion au nouvel

presse autographique de M. l'abbé Valantin, directeur d'une jyraison de retraites ecclésiastiques à Lyon. Mémoire adressé à MM. de la Cour de cassation par un ami du prévenu et son fondé de pouvoir, ^^ 24 pp. 1847. I. Histoire de la Seconde République française, par Pierre de la Gorce. Tome I. Paris, 1887.

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